Paroles de François aux prêtres et consacrés

Paroles de François aux prêtres et consacrés

au cours de son voyage à Cuba et aux États-Unis d’Amérique.

Les prophètes parlent, nous allons leur prêter attention.

Vêpres avec les prêtres et les religieux, à La Havane, Dimanche 20 septembre 2015

Le Cardinal Jaime nous a parlé de la pauvreté et Sœur Yaileny nous a parlé du plus petit, des plus petits : ‘‘ce sont tous les enfants’’. J’avais préparé une homélie à prononcer en ce moment, à partir des textes bibliques, mais puisque les prophètes parlent – tout prêtre est prophète, tout baptisé est prophète, tout consacré est prophète –, nous allons leur prêter attention. Donc, je donnerai l’homélie au Cardinal Jaime pour qu’il vous la fasse parvenir et que vous la publiiez. Ensuite, vous la méditerez. Et à présent, parlons un peu de ce qu’ont dit ces deux prophètes.

La PAUVRETÉ : le mur et la mère de la vie consacrée

Le Cardinal Jaime a eu l’idée de prononcer un mot très embarrassante, vraiment embarrassante, qui va même à contrecourant de toute la structure culturelle, entre guillemets, du monde. Il a dit : ‘‘pauvreté’’. Et il a répété cette parole plusieurs fois. Je pense que le Seigneur a voulu que nous l’entendions plusieurs fois et que nous la recevions dans nos cœurs. L’esprit du monde ne la connaît pas, ne la veut pas, la cache, non pas par pudeur, mais par mépris. Et, s’il lui faut pécher et offenser Dieu, pour que la pauvreté ne l’affecte pas, il le fait. L’esprit du monde n’aime pas le chemin du Fils de Dieu, qui s’est vidé de lui-même, s’est fait pauvre, s’est anéanti, s’est humilié, pour être l’un de nous.

La pauvreté fait peur à ce jeune homme si généreux – il avait observé tous les commandements – et lorsque Jésus lui dit : ‘‘Regarde, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres’’, il est devenu triste, il a eu peur de la pauvreté. La pauvreté, nous cherchons toujours à l’occulter, cela peut être pour des raisons valables, mais je parle du fait de l’occulter dans le cœur. Qu’il faille savoir administrer les biens, c’est une obligation, car les biens sont un don de Dieu, mais lorsque ces biens entrent dans le cœur et commencent à guider ta vie, là tu as perdu. Tu n’es plus comme Jésus. Tu trouves ta sécurité là où la trouvait le jeune homme triste, celui qui s’en est allé triste. Vous, prêtres, consacrés, consacrées, je crois que ce que disait saint Ignace peut vous servir – et ce n’est pas de la propagande publicitaire de famille, n’est-ce pas ? – mais il disait que la pauvreté est le mur et la mère de la vie consacrée. Elle en est la mère parce qu’elle crée plus  de confiance en Dieu. Et elle en est le mur parce qu’elle la protège de toute mondanité. Que d’âmes détruites ! Des âmes généreuses, comme celle du jeune homme devenu triste, qui ont bien commencé, et ensuite l’amour de cette mondanité les a progressi­vement gagnées, et elles ont mal fini. C’est-à-dire, médiocres. Elles ont fini sans amour, parce que la richesse appauvrit, mais elle appauvrit mal. Elle nous ôte le meilleur que nous ayons, elle nous rend pauvres de l’unique richesse qui vaille la peine, pour placer la sécurité dans quelque chose d’autre.

L’esprit de pauvreté, l’esprit de détachement, l’esprit d’abandon total, pour suivre Jésus. Cet abandon total, je ne l’invente pas moi. Plusieurs fois, il apparaît dans l’Evangile. Dans l’appel des premiers [disciples] qui ont laissé les barques, les filets, et l’ont suivi. Ceux qui ont tout laissé pour suivre Jésus. Une fois, un prêtre âgé, sage, m’a dit, en parlant du moment où l’esprit de richesse, de mondanité riche, gagne le cœur d’un consacré ou d’une consacrée, d’un prêtre, d’un évêque, d’un Pape, de qui que ce soit ; il m’a dit c’est quand on commence à réunir de l’argent, et pour assurer l’avenir, n’est-ce pas ?, alors, l’avenir n’est pas en Jésus, il est dans une compagnie d’assurances de type spirituel, que je gère, n’est-ce pas ? Donc, quand, par exemple, une Congrégation religieuse, – pour prendre un exemple, me disait-il -, commence à réunir de l’argent et à épargner, et à épargner, Dieu est si bon qu’il envoie un économe qui est un désastre, qui la conduit à la faillite. Ils font partie des meilleures bénédictions de Dieu à son Eglise, les économes qui sont des désastres, car ils la rendent libre, ils la rendent pauvre. L’Eglise, notre Sainte Mère, est pauvre, Dieu la veut pauvre, comme il a voulu pauvre Marie, notre Sainte Mère. Aimez la pauvreté comme une mère. Et simplement, si quelqu’un parmi vous le veut bien, je vous suggère de vous demander : comment est mon esprit de pau­vreté ?  Comment est mon esprit de détachement intérieur ? Je crois que cela peut faire du bien à notre vie consacrée, à notre vie sacerdotale. Après tout, n’oublions pas que c’est la première des béatitudes : heureux les pauvres en esprit, ceux qui ne sont pas attachés à la richesse, aux pouvoirs de ce monde.

Caresser ceux que le monde rejette

Et la Sœur nous parlait des derniers, des plus petits que, même s’ils sont grands, on finit par traiter comme des enfants, parce qu’ils se présentent comme des enfants. Le plus petit. C’est une phrase de Jésus. Et elle se trouve dans les principes à partir desquels nous serons jugés : ‘‘Ce que tu as fait au plus petit de ces frères, tu me l’as fait à moi’’. Il y a des services pastoraux qui peuvent être plus gratifiants du point de vue humain, sans être ni mauvais ni mondains, mais lorsqu’on cherche dans la préférence intérieure le plus petit, le plus abandonné, le plus malade, celui que personne ne prend en considération, celui que personne n’aime, le plus petit, et qu’on sert le plus petit, on sert Jésus de façon inégalable.

Toi, on t’a envoyé là où tu ne voudrais pas aller. Et tu as pleuré. Tu as pleuré parce que cela ne te plaisait pas, ce qui ne signifie pas que tu es une religieuse pleureuse, non. Dieu nous délivre des religieuses pleureuses, eh ! qui sont toujours à se plaindre. Cette affirmation n’est pas mienne, Sainte Thérèse, eh ? disait cela à ses religieuses. C’est d’elle [cette affirmation]. Malheur à la religieuse qui passe toute la journée à se plaindre, parce qu’on a commis envers elle une injustice. Dans le langage espagnol de l’époque, on disait : ‘‘Malheur à la religieuse qui passe son temps à dire : on m’a traitée sans raison’’.  Tu as pleuré, parce que tu étais jeune, tu avais d’autres aspirations, tu pensais peut-être que dans un collège tu pouvais réaliser plus de choses et que tu pouvais programmer l’avenir pour la jeunesse. Et on t’a envoyée là-bas – ‘‘Maison de la Miséricorde’’-, où la tendresse et la miséricorde du Père se rendent plus évidentes, où la tendresse et la miséricorde de Dieu se font caresse. Que de religieuses, et de religieux consument – et je répète le verbe, consument – leur vie, en caressant du ‘‘matériel’’ de rejet, en caressant ceux que le monde rejette, ceux que le monde méprise, ceux dont le monde préfère qu’ils n’existent pas, ceux à qui, de nos jours, par des méthodes nouvelles d’analyse disponibles, lorsqu’on prévoit qu’ils peuvent être affectés par une maladie dégénérative, le monde se propose de faire rebrousser chemin, avant même qu’ils naissent.

C’est le plus petit. Et une jeune fille, pleine d’aspirations, commence sa vie consacrée en vivant la tendresse de Dieu dans sa miséricorde. Parfois, ils n’entendent pas, ils ne savent pas, mais qu’il est beau aux yeux de Dieu et qu’il fait du bien, par exemple, le sourire d’un spasmophile, qui ne sait pas comment sourire, ou lorsqu’ils veulent donner un baiser et bavent sur ton visage ! C’est la tendresse de Dieu, c’est la miséricorde de Dieu. Ou bien lorsqu’ils sont fâchés et te donnent un coup. Et consumer ainsi ma vie, au contact du ‘‘matériel’’ de rejet aux yeux du monde, cela nous parle d’une seule personne.

Cela nous parle de Jésus, qui, par pure miséricorde du Père, s’est anéanti ; il s’est abaissé, dit la Lettre aux  Philippiens, chapitre deux.  Et les gens auxquels tu consacres ta vie imitent Jésus, non pas parce qu’ils l’ont voulu, mais parce que le monde les a faits ainsi. Ils ne sont rien et on les cache, on ne les montre pas, ou bien on ne les visite pas. Et si on le peut, et s’il est encore temps, on leur fait rebrousser chemin. Merci pour ce que tu fais et, à travers toi, merci à toutes les femmes et aux nombreuses femmes consacrées, au service de l’inutile, parce qu’on ne peut créer aucune entreprise, on ne peut pas gagner de l’argent, on ne peut absolument rien faire avancer de ‘‘constructif’’ entre guillemets, avec ces frères, avec ceux qui sont de moindre importance, avec les plus petits. Là, resplendit Jésus. Et là resplendit mon choix de Jésus. Merci à toi ainsi qu’à tous les consacrés et toutes les consacrées qui font ce travail.

CONFESSIONNAL : un endroit privilégié où rencontrer le plus petit

‘‘Père, je ne suis pas religieuse, je ne m’occupe pas de malades, je suis prêtre, et j’ai une paroisse, ou bien j’aide un curé. Qui est mon Jésus préféré ? Qui est mon plus petit ? Qui est celui qui montre le plus la miséricorde du Père ? Où dois-je le rencontrer ?’’. Evidemment, je continue de parcourir le protocole de Mathieu 25. Tu y as tout : en celui qui a faim, dans le prisonnier, dans le malade. C’est là que tu vas les trouver, mais il y a un endroit privilégié pour le prêtre, où apparaît le dernier dont il est question, ce tout petit, le plus petit, et c’est le confessionnal. Et là, lorsque cet homme, ou cette femme te montre sa misère, attention !, qui est la même que la tienne, dont Dieu t’a sauvé, eh ?, et tu n’en es pas arrivé là. Lorsqu’il te montre sa misère, s’il te plaît, ne le défie pas, ne l’arrête pas, ne le punis pas. Si tu n’as pas péché, lance-lui la première pierre, mais uniquement à cette condition. Autrement, pense à tes péchés. Et pense que tu peux être cette personne. Et pense que, probablement, tu peux arriver plus bas encore. Et pense qu’en ce moment tu as un trésor dans les mains, qui est la miséricorde du Père.

S’il vous plaît – vous, les prêtres – ne vous lassez pas de pardonner. Soyez des dispensateurs de pardon. Ne vous lassez pas de pardonner, comme le faisait Jésus. Ne vous cachez pas derrière des peurs et des rigidités. Comme cette religieuse et toutes celles qui font son travail, n’entrez pas en furie lorsque vous vous trouvez face à un malade sale ou qui se sent mal, mais plutôt, de la même manière qu’elles le servent, le nettoient, prennent soin de lui, de même, lorsqu’un pénitent vient vers toi, ne te fâche pas, ne deviens pas hystérique, ne le chasse pas du confessionnal, ne le défie pas. Jésus les embrassait. Jésus les aimait. Demain, nous fêterons saint Matthieu. Comme il volait, celui-là ! En outre, comme il trahissait le peuple ! Et l’Evangile dit qu’à la faveur de la nuit, Jésus était allé dîner avec lui et avec d’autres comme lui. Une phrase de Saint Ambroise me touche beaucoup : ‘‘Là où il y a miséricorde, il y a l’esprit de Jésus. Là où il y a rigidité, là ne se trouvent que ses ministres’’.

Frère prêtre, frère Evêque, n’aie pas peur de la miséricorde. Permets-lui de s’écouler par tes mains et par ton accolade de pardon, car celui ou celle qui se trouve là est le plus petit. Et donc, c’est Jésus. Voilà ce qu’il m’est venu à l’idée de vous dire après avoir écouté ces deux prophètes. Que le Seigneur nous concède ces grâces que tous les deux ont semées dans notre cœur : pauvreté et miséricorde. Car, là se trouve Jésus.

Voyage du Pape François à la cathédrale de La Havane, Dimanche 20 septembre 2015

Vivre notre vocation dans la joie

Vêpres avec le clergé et les religieux à New York, le 24 septembre 2015

Écoutons l’Apôtre : « Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu temps encore, par toutes sortes d’épreuves » (1P 1, 6). Ces paroles nous rappellent une chose essentielle : nous devons vivre notre vocation dans la joie.

Cette magnifique cathédrale Saint-Patrick, construite durant des années grâce aux sacrifices de nombreux hommes et femmes, est le symbole du travail des générations de prêtres, religieux et laïcs américains, qui ont contribué à l’édification de l’Église aux États-Unis. Ils sont nombreux les prêtres et les religieux de ce pays ayant joué un rôle fondamental, et pas uniquement dans le domaine de l’éducation, en aidant les parents à donner à leurs enfants l’aliment qui les nourrit pour la vie ! Beaucoup l’ont fait au prix de grands sacrifices et avec une charité héroïque. Je pense par exemple à sainte Élisabeth Anne Seton, qui a fondé la première école catholique gratuite pour les filles en Amérique, ou bien à saint Jean Neumann, le fondateur du premier système d’éducation catholique dans ce pays.

Ce soir, chers frères et sœurs, je suis venu me joindre à vous, prêtres, consacrées, consacrés, pour prier afin que notre vocation continue de construire le grand édifice du Royaume de Dieu dans ce pays. Je sais que, en tant que presbyterium, avec le peuple de Dieu, vous avez beaucoup souffert récemment, à cause de la honte provoquée par tant de frères qui ont blessé et scandalisé l’Église dans ses fils les plus vulnérables. Avec les paroles du livre de l’Apocalypse, je vous dis que vous « venez de la grande épreuve » (Ap 7, 14). Je vous accompagne en ce moment de peine et de difficulté, et je remercie Dieu pour votre service fidèle auprès de son peuple. En espérant vous aider à persévérer sur le chemin de la fidélité à Jésus Christ, je voudrais vous offrir deux brèves réflexions.

La grâce de la mémoire pour grandir dans l’esprit de gratitude

La première concerne l’esprit de gratitude. La joie des hommes et des femmes qui aiment Dieu attire d’autres ; les prêtres et les religieux sont appelés à trouver et à manifester une joie permanente pour leur vocation. La joie jaillit d’un cœur reconnaissant. En vérité, nous avons beaucoup reçu, tant de grâces, tant de bénédictions, et nous nous en réjouissons. Cela nous fera du bien de penser à notre vie avec la grâce de la mémoire. Mémoire de ce premier appel, mémoire du chemin parcouru, mémoire des grâces reçues… et, surtout tout, mémoire de notre rencontre avec Jésus Christ si souvent au long du parcours. Mémoire de l’émerveillement que notre rencontre avec Jésus suscite dans nos cœurs. Chers sœurs et frères, consacrés et prêtres, demander la grâce de la mémoire de manière à grandir dans l’esprit de gratitude. Peut-être avons-nous besoin de nous demander : sommes-nous capables d’énumérer les bénédictions reçues, ou bien je les ai oubliées ?

Un style de vie dévouée au travail

Un second aspect est l’esprit du travail dévoué. Un cœur reconnaissant cherche spontanément à servir le Seigneur et à suivre un style de vie dévouée au travail. Le souvenir du fait que Dieu nous a beaucoup donné nous aide à comprendre que le renoncement à nous-mêmes afin de travailler pour lui et pour les autres, est le chemin privilégié pour répondre à son grand amour.

Cependant, pour être honnêtes, nous devons reconnaître que l’esprit du sacrifice de soi généreux peut facilement s’éteindre. Il y a deux manières dont cela peut arriver, et les deux manières sont un exemple de cette ‘‘mondanité spirituelle’’ qui nous affaiblit dans notre chemin de femmes et d’hommes consacrés, de service et qui diminue la fascination, l’émerveillement de notre première rencontre avec le Christ.

Nous pouvons tomber dans le piège de mesurer la valeur de nos efforts apostoliques à l’aune de l’efficacité, du bon management et du succès visible qui régit le monde des affaires. Certes, ces choses sont importantes ! Nous sommes chargés d’une grande responsabilité, et le peuple de Dieu attend de nous avec raison que nous en répondions. Mais la vraie valeur de notre apostolat se mesure par celle qu’il a aux yeux de Dieu. Voir et évaluer les choses dans la perspective de Dieu demandent une constante conversion durant les premiers jours et les premières années de notre vocation et, – cela va sans dire – exigent une grande humilité. La croix nous montre une manière différente de mesurer le succès. Il nous revient de semer : Dieu voit les fruits de nos labeurs. Et si parfois il nous semble que nos efforts et notre travail échouent et ne portent pas fruit, nous devons nous souvenir que nous suivons Jésus Christ dont la vie, humainement parlant, s’est achevée dans l’échec : dans l’échec de la croix.

L’autre danger survient lorsque nous sommes jaloux de notre temps libre, quand nous pensons que le confort mondain nous aidera à mieux servir. Le problème avec ce raisonnement, c’est qu’il peut émousser l’appel continu de Dieu à la conversion, à le rencontrer. Lentement mais sûrement, il diminue notre esprit de sacrifice, notre esprit de renoncement et de travail. Et en outre, il éloigne les personnes qui souffrent de pauvreté matérielle et qui sont forcées de faire de plus grands sacrifices que nous, sans être des consacrés. Le repos est nécessaire, comme le sont les moments de divertissement et de ressourcement personnel, mais nous avons besoin d’apprendre à nous reposer d’une manière qui augmente notre désir de servir généreusement. La proximité avec les pauvres, les réfugiés, les migrants, les malades, les personnes exploitées, celles qui sont âgées et seules, les prisonniers et tous les autres pauvres de Dieu, nous enseignera un autre type de repos, plus chrétien et plus généreux.

La gratitude et le travail dévoué : ce sont les deux piliers de la vie spirituelle que j’ai voulu partager avec vous, prêtres, religieux et religieuses, ce soir. Je vous remercie de vos prières et de votre travail, ainsi que des sacrifices quotidiens que vous faites dans les divers domaines d’apostolat. Nombre de ces sacrifices sont connus de Dieu seul, mais ils portent d’abondants fruits pour la vie de l’Église.

Je voudrais, à titre spécial, exprimer mon admiration et ma gratitude aux religieuses des Etats-Unis. Que serait l’Église sans vous ? Femmes fortes, combatives ; armées de cet esprit de courage qui vous place en première ligne dans l’annonce de l’Évangile. À vous, religieuses, sœurs et mères de ce peuple, je voudrais dire « merci », un « merci », un très grand « merci », et vous dire aussi que je vous apprécie beaucoup.

Je sais que beaucoup d’entre vous affrontent le défi qui suppose l’adaptation à un panorama pastoral en évolution. À l’instar de saint Pierre, je vous demande, quelles que soient les difficultés et les épreuves que vous affrontez, de ne pas perdre la sérénité et de répondre comme le Christ l’a fait : il a remercié le Père, il a pris sa croix et regardé devant !

Chers frères et sœurs, dans quelques instants, dans quelques minutes, nous allons chanter le Magnificat. Confions à la Vierge l’œuvre à réaliser qui nous a été confiée ; joignons-nous à elle dans l’action de grâce à Dieu pour les merveilles qu’il a accomplies et pour celles qu’il continuera d’accomplir en nous comme en ceux que nous avons le privilège de servir. Ainsi soit-il !

Voyage du Pape François aux États-Unis d’Amérique

Vêpres avec le clergé et les religieux, cathédrale Saint-Patrick, New York, le 24 septembre 2015

Et toi ? Que vas-tu faire ?’

Messe avec les évêques, le clergé et les religieux de Pennsylvanie, à Philadelphie

Ce matin, j’ai appris quelque chose concernant l’histoire de cette belle Cathédrale : l’histoire derrière ses hauts murs et ses fenêtres. Je dirais, cependant, que l’histoire de l’Eglise dans cette ville et dans cet Etat est réellement une histoire, non pas de la construction de murs, mais aussi de leur démolition. C’est une histoire des générations successives de catholiques engagés, qui sont allés vers les périphéries et ont construit des communautés de culte, d’éducation, de charité et de service à la société en général.

Cette histoire est visible dans les nombreux sanctuaires de cette ville, et dans les nombreuses églises paroissiales ; leurs tours et leurs clochers témoignent de la présence de Dieu au sein de nos communautés. Elle est visible dans les efforts de tous ces prêtres, religieux et laïcs, qui, avec dévouement, durant plus de deux siècles, ont pourvu aux besoins spirituels des pauvres, des migrants, des malades et des prisonniers. Et elle est visible dans les centaines d’écoles où les religieux et les religieuses ont enseigné aux enfants à lire et à écrire, à aimer Dieu et le prochain, et à contribuer, en tant que bons citoyens, à la vie de la société américaine. Tout cela est un grand héritage que vous avez reçu, et que vous avez été appelés à enrichir et à transmettre.

La plupart d’entre vous connaît l’histoire de sainte Catherine Drexel, l’une des grandes saintes issues de cette Eglise locale. Quand elle a fait part au Pape Léon XIII des besoins des missions, le Pape – c’était un Pape très sage – lui a demandé exprès : ‘Et toi ? Que vas-tu faire ?’. Ces paroles ont changé la vie de Catherine, parce qu’elles lui ont rappelé, qu’après tout, chaque chrétien ou chrétienne, en vertu du baptême, a reçu une mission. Chacun de nous doit répondre, de son mieux, à l’appel du Seigneur pour bâtir son Corps, l’Eglise.

Et toi ?’. Je voudrais m’arrêter sur deux aspects de ces mots dans le contexte de notre mission spécifique de transmettre la joie de l’Evangile et d’édifier l’Eglise, que nous soyons prêtres, diacres ou membres – hommes et femmes – d’instituts de vie consacrée.

En premier lieu, ces paroles – ‘Et toi ?’ – ont été adressées à une jeune personne, à une jeune femme ayant de hauts idéaux, et elles ont changé sa vie. Elles lui ont fait penser à l’immense tâche à accomplir, et l’ont conduite à réaliser qu’elle était appelée à y prendre part. Que de jeunes gens dans nos paroisses et dans nos écoles ont les mêmes hauts idéaux, la même générosité d’esprit et le même amour pour le Christ ainsi que pour l’Eglise ! Je vous pose la question : leur lançons-nous le défi ? Leur accordons-nous une place et les aidons-nous à accomplir leur mission ? Trouvons-nous la manière dont ils peuvent partager leur enthousiasme et leurs dons avec nos communautés, surtout à travers des œuvres de charité et le souci des autres ? Partageons-nous notre joie et notre enthousiasme au service du Seigneur ?

L’un des plus grands défis auquel l’Eglise est confrontée en ce moment est d’encourager chez tous les fidèles le sens de la responsabilité personnelle dans la mission de l’Eglise, et à les préparer pour qu’ils puissent assumer cette responsabilité en tant que disciples missionnaires, en tant que levain de l’Evangile dans notre monde. Cela demande de la créativité pour s’adapter aux changements de situation, en transmettant l’héritage du passé non pas seulement en maintenant les structures et les institutions, qui sont utiles, mais surtout en s’ouvrant aux possibilités que l’Esprit nous révèle et en communiquant la joie de l’Evangile, jour après jour et à toutes les étapes de notre vie.

Et toi ?’. Il est significatif que ces paroles d’un Pape âgé aient été adressées à une fidèle laïque. Nous savons que l’avenir de l’Eglise, dans une société en évolution rapide, appelle d’ores et déjà un engagement plus actif des laïcs. L’Eglise aux Etats-Unis a toujours consacré un immense effort à la catéchèse et à l’éducation. Notre défi, aujourd’hui, est de construire sur ces fondations solides et d’encourager un sens de la collaboration et de la responsabilité partagée dans la planification de l’avenir de nos paroisses et de nos institutions. Cela ne signifie pas renoncer à l’autorité spirituelle dont nous avons été investis ; mais plutôt, cela signifie discerner et employer avec sagesse les multiples dons que l’Esprit répand sur l’Eglise. En particulier, cela signifie évaluer l’immense contribution que les femmes, laïques et religieuses, ont apportée et continuent d’apporter dans la vie de nos communautés.

Chers frères et sœurs, je vous remercie pour la façon dont chacun de vous a répondu à la question de Jésus qui a inspiré votre vocation : ‘Et toi ?’. Je vous encourage à renouveler la joie, l’émerveillement de cette première rencontre avec Jésus et à puiser dans cette joie renouvelée fidélité et force. J’attends impatiemment d’être avec vous ces prochains jours et je vous demande de porter mes affectueuses salutations à ceux qui n’ont pas pu être avec nous, spécialement aux nombreux prêtres, aux religieux et aux religieuses âgés, qui nous joignent spirituellement.

Durant ces jours de la Rencontre Mondiale des Familles, je vous demanderais, de façon particulière, de réfléchir sur notre ministère auprès des familles, auprès des couples se préparant au mariage et auprès des jeunes. Je sais que beaucoup se fait dans les Eglises particulières pour répondre aux besoins des familles et pour les soutenir sur le chemin de la foi. Je vous demande de prier avec ferveur pour elles, et pour les délibérations du prochain Synode sur la Famille.

Avec gratitude pour tout ce que nous avons reçu, et avec une assurance confiante au milieu de tous nos besoins, nous nous tournons vers Marie, notre Mère Très Sainte. Avec amour maternel, qu’elle intercède pour l’Eglise en Amérique, afin que celle-ci continue de croître dans le témoignage prophétique du pouvoir qu’a la croix de son Fils d’apporter joie, espérance et force à notre monde. Je prie pour chacun de vous, et je vous demande, s’il vous plaît, de le faire pour moi.

Cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, Philadelphie, le 26 septembre 2015

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