APERCU DE LA VIE CONSACRÉE DEPUIS SON ORIGINE JUSQU’À NOS JOURS

Tonino Falaguasta

INTRODUCTION

La vie consacrée prend son origine de l’expérience du peuple d’Israël avec son Dieu. « Alors ils seront mon peuple et moi, je serai leur Dieu » (Jérémie 32, 38). Le prophète Jérémie ne faisait que remettre en

valeur ce qui était depuis toujours l’expérience du peuple d’Israël, surtout à partir de l’exode. Le deuxième exode, celui de la captivité à Babylone, a été pire que le premier, parce que causé par le péché, par l’infidélité à l’Alliance. En effet le message de Jérémie se situait lors du siège de Jérusalem, au temps du roi Nabuchodonosor (587 avant le Christ). Au prophète il est demandé par Dieu d’acheter un champ de son cousin au moment où, dans les temps difficiles, faire des affaires était toujours un risque.

Non, Dieu est et restera fidèle. Même si Jérusalem sera livrée aux Babyloniens, Dieu sauvera ses fils et ils reviendront dans la terre de leurs pères. « Je conclurai avec eux une alliance éternelle : je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien et je mettrai ma crainte en leur cœur pour qu’ils ne s’écartent plus de moi » (Jérémie 32, 40). Finalement le reste d’Israël découvrira la bonté du Seigneur et restera fidèle, dans une vie de consécration et de donation. L’expérience d’Israël est à la base de la vie religieuse telle que nous la vivons aujourd’hui encore. En se sachant « peuple de Dieu » dans une terre promise, don de Dieu, Israël vivait dans l’attente d’une demeure définitive « où Dieu sera tout en tous », selon l’enseignement de saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens. « Puis ce sera la fin, lorsque le Christ remettra la royauté à Dieu le Père…

Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous » (1Corinthiens 15, 24-29). Cette attente, cette vie en exil étaient exprimés par Israël surtout par l’expérience du Jubilée, une année spéciale qui arrivait après une semaine d’années. Le Jubilée était basé donc sur le rythme de la semaine. La fête des Azymes durait une semaine (Deutéronome 16, 4) et la fête des Tabernacles aussi (Lévitique 23, 8). Une semaine d’années (7×7 = 49) se terminait par une année sabbatique ou Jubilée. Pendant cette année on devait libérer les esclaves, remettre les dettes et faire chômer la terre (Deutéronome 15, 1 ss.).

Il faudrait rappeler le sens du Jubilée aux Juifs d’aujourd’hui encore, qui se disent les héritiers de nos frères aînés, au Congo: pourquoi pas ? Khanafer Hassan, par exemple, le patron des supermarchés ou Dan Gertler, propriétaire de mines et du marché du diamant congolais, ou encore Daniel Blattner, le patron de la CAA. Qu’ont-il fait ou que feront-ils à l’occasion du Jubilée. Des mots inutiles : à l’argent on y tient mordicus… Le but de ces traditions était d’imiter l’action de Dieu et d’éliminer dans le peuple d’Israël les privilégiés (Deutéronome 15, 4 : « Qu’il n’y ait pas de pauvres chez toi »), parce que devant Dieu, nous sommes tous égaux ! Le livre du Deutéronome continue dans la réflexion théologique sur le sens du Jubilée.

« Certes – lisons-nous, – les pauvres ne disparaîtront point de ce pays ; aussi je te donne ce commandement : Tu dois ouvrir ta main à ton frère, à celui qui est humilié et pauvres dans ton pays » (Deutéronome 15, 11). Le Jubilée interpelle tout le monde, parce que Dieu est le Dieu de tous et ensemble nous devons chercher la paix et la justice sociale. Pour le Chrétien aussi, la semaine nous conduit vers le huitième jour, ou Jour du Seigneur, la célébration hebdomadaire de sa victoire. Le Christ Seigneur est le dominateur du temps et le cycle des semaines nous invite à tendre vers un huitième jour qui nous introduira dans le grand repos de Dieu.

Le dimanche en annonce déjà la venue, selon la lettre aux Chrétiens Hébreux. « C’est donc qu’un repos (celui du septième jour) est réservé au peuple de Dieu. Car qui est entré dans son repos lui aussi se repose de ses œuvres, comme Dieu des siennes » (Hébreux 4, 9-10). Le repos du « sabbat » est présenté par saint Augustin aussi, à la fin de son livre « Les Confessions », comme l’expérience ultime du disciple de Jésus, quand il arrivera à vivre la communion parfaite avec le Dieu Trinité, dans la « vita beata » ou vie bienheureuse de l’éternité.

SUGGESTIONS EN VUE DE LA PERFECTION

Nous avons dans la Bible des suggestions, qui concernent la vie du pieux Israélite, qui sont à la base de la réflexion chrétienne, grâce à laquelle nous sommes arrivés à l’invention de la vie religieuse. On donnait beaucoup d’importance, par exemple, aux purifications pour acquérir la pureté cultuelle ou la pureté morale. La pureté, étant la disposition acquise pour s’approcher des choses sacrées, peut impliquer aussi la vertu morale opposée à la luxure. Pour participer au culte et à la vie ordinaire, la société d’Israël devait être « sainte ». Il suffit de lire le Lévitique (du chapitre 11 à 16). Les impuretés, quand elles ne disparaissaient pas par elles-mêmes (Lévitiques 11, 24 ss.), sont effacées par le lavage du corps et des habits (Exode 19, 10) avec de l’eau propre, non stagnante, par des sacrifices expiatoires (Lévitique 12, 6 ss.).

Le « yom kippur », fête du pardon ou de l’expiation, était célébré chaque année vers la fin de septembre-debut octobre. Pour l’année 2015, le « yom Kippur » sera célébré le 23 septembre. A cette occasion on se rappelait du péché du « veau d’or » et l’on en demandait pardon de nouveau, ensemble avec tous les péchés commis au courant de l’année. On célébrait cette fête avec 5 abstentions : abstention de la nourriture, abstention de la boisson alcoolique, abstention de l’onction du corps avec l’huile, abstention de la baignade dans l’eau pure et abstention des rapports sexuels. Un bouc émissaire était chargé des péchés du peuple et envoyé dans le désert (Lévitique 16, 1-28). Les prêtres dans le temple de Jérusalem devaient faire attention à leur pureté (Exode 30, 17-21). Ils prêtaient service pendant une semaine, réservés exclusivement à Dieu et ils logeaient dans le temple.

Même pas la famille pouvait les distraire ; leurs femmes (et enfants) aussi restaient à la maison. Avant de s’approcher de l’autel pour le service, ils devaient se laver les mains et les pieds. Mais il y avait des pieux Israélites qui vivaient d’une manière spéciale, en mettant au dessus de tout la parole de Dieu, par rapport même à la liturgie du temple de Jérusalem : les Esséniens. Les Esséniens étaient un mouvement du Judaïsme de la période du second temple qui, selon Flavius Josèphe (37-100 et juif), étaient plus ascétiques que les Pharisiens et les Sadducéens.

Pline l’Ancien (23-79), historien romain, parla d’une communauté d’Esséniens célibataires qui existait du côté d’Engadi sur la mer Morte. Selon François Blanchetière (historien français, professeur d’histoire des religions à Strasbourg), les Esséniens croyaient à la venue d’un ou deux Messies, à la fin des temps, à la résurrection des morts, à la rétribution finale, etc. Ils étaient en rupture avec le culte sacrificiel du temple de Jérusalem. Ils vivaient en communauté, en mettant en commun leurs biens ; ils donnaient beaucoup d’importance aux bains rituels, méprisaient la richesse, refusaient de faire du commerce, etc. Les membres, après un noviciat de trois ans, renonçaient aux plaisirs terrestres, entrant dans une sorte de vie monacale.

Ce mouvement a eu une grande influence, surtout au début du Christianisme. A titre d’exemple, dans l’évangile de Marc, Jésus a envoyé deux de ses disciples préparer le repas pascal dans la salle d’un homme portant une cruche d’eau sur la tête. Habituellement c’était les femmes qui allaient puiser l’eau. Sauf les Esséniens, qui étaient célibataires (ceux qui vivaient en communauté) (Marc 14, 13-16). Encore un exemple : les Actes des Apôtres nous parlent des premiers disciples de Jésus à Jérusalem, qui augmentaient en nombre : « Et la parole du Seigneur croissait ; le nombre des disciples augmentait considérablement à Jérusalem, et une multitude de prêtres obéissaient à la foi » (Actes 6, 7).

Selon Carsten Peter Thiede, bibliste allemand (1952-2004), ces prêtres ne pouvaient pas être des Sadducéens, ni des Pharisiens. Il se peut que cette multitude de prêtres fût des Esséniens de langue grecque. Le Esséniens en effet se réclamaient du prêtre Sadok (grand prêtre au temps de David : 1Rois 1, 32) comme devancier du vrai sacerdoce. Au temps du Grand Prêtre Jonathan (152-134 avant le Christ), ils se seraient séparés des Sadducéens et auraient critiqué le culte du Temple de Jérusalem, pour former des communautés de célibataires d’abord à Damas et puis à Qumran (nommée Sekaka en Josué 15, 61)) ou bien ils pouvaient vivre avec leur famille dans les villages épars d’Israël.

LA PREMIERE GENERATION CHRETIENNE

Pour les premiers Chrétiens, l’adhésion au Christ signifiait surtout le martyre, l’imitation du Christ jusqu’à la croix. En effet le Grand Prêtre Caïphe resta au pouvoir jusqu’en 36. Et comme il a été persécuteur de Jésus, en le faisant condamner à la crucifixion, de mèche avec Ponce Pilate, de même il a continué à persécuter les Chrétiens. Le diacre Etienne a été la première victime de cette persécution (Actes 6, 9-15 et 7, 1-60). Et alors « … tous se dispersèrent dans les campagnes de Judée et de Samarie, à l’exception des apôtres » (Actes 8, 1). Mais comment vivait la première communauté chrétienne avant la persécution ? Nous lisons les Actes : « La multitude des croyants n’avait qu’un cœur seul et qu’une âme.

Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était en commun… Aussi parmi eux nul n’était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins » (Actes 4, 32-35). C’est un passage très célèbre des Actes. D’aucuns y ont vu un « communisme » avant la lettre ; d’autres, le modèle de toute vie religieuse. Mais une lecture attentive des Actes nous fait comprendre que la première génération chrétienne vivait le partage dans la liberté, sans aucune imposition. En effet l’apôtre Pierre dit à Ananie, qui avait détourné de propos une partie du prix d’un champ vendu : « Quand tu avais ton bien, n’étais-tu pas libre de le garder, et quand tu l’as vendu, ne pouvais-tu disposer du prix à ton gré ? » (Actes 5, 4).

D’où l’importance de la liberté dans l’engagement comme disciples de Jésus. Aux premiers appelés, Jésus disait : « Venez et voyez » (Jean 1, 39). Ils devaient d’abord se rendre compte de la personne de Jésus. Et pour Marc, la vocation des Apôtres a été vécue en progression, en trois moments : l’appel (Marc 1, 16-20), la vie commune avec Jésus (Marc 3, 13-19) et enfin l’envoi en mission (Marc 6, 7-13) ou travail apostolique. Ces trois moments sont une expérience de toute vie religieuse, mais aussi de tout chemin du catéchuménat, afin de devenir Chrétien.

COMME LE CHRIST : MARTYRS

Le véritable disciple de Jésus, au temps des Pères Apostoliques (ou deuxième génération chrétienne) était le martyr, celui qui suivait le Christ sur le chemin du Calvaire pour arriver à la Pâques, dans la situation glorieuse des enfants de Dieu. L’exemple reconnu de cette « sequela Christi » (= suite du Christ) a été saint Ignace d’Antioche (né vers 35 et mort martyr à Rome vers 110, broyé par les fauves dans les arènes). Pour saint Ignace, le Chrétien idéal était celui qui était offert comme en libation à la gloire de Dieu, à travers le sang versé. Les persécutions des autorités romaines ont produit des milliers de martyrs, jusqu’à l’édit de tolérance de Constantin le Grand, en 313.

A cette époque-là, l’ère des martyrs étant terminée, les disciples de Jésus ont commencé à réfléchir sur la façon de vivre l’Evangile d’une manière radicale, sans passer par le martyre. Et c’est alors que parut saint Antoine le Grand (251-356), le fondateur du Monachisme. Il était né en Moyenne Egypte, fils d’un paysan aisé. A 18 ans, resté orphelin, il entendit dans une église cette phrase de l’Evangile : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi » (Matthieu 19, 21). Il était question, dans ce passage de l’Evangile, du jeune homme, qui était riche et qui voulait obtenir la vie éternelle.

Dans la réponse de Jésus, il y a la liste des commandements à observer. Et quand le jeune homme lui dit que pour les commandements il n’avait pas de problème. Ce que Jésus a ajouté c’était le rapport avec les biens de ce monde. Le jeune homme alors s’éloigna triste, parce qu’il ne voulait pas se séparer de ses richesses. Mais Antoine au contraire, frappé par cette parole de Jésus, vendit tout ce qu’il possédait, plaça sa sœur dans une communauté de vierges et se retira dans le désert où il vécut, en célibataire, dans la prière et le travail manuel (afin d’avoir le strict nécessaire pour vivre). Saint Pacôme (292-346), le fondateur du cénobitisme (= vie en commun), était né en Haute Egypte et, vers 324, il organisa la première communauté de moines (au maximum 20 avec un préposé). Saint Antoine et saint Pacôme ont proposé une façon de vivre l’évangile d’une manière radicale, qui, dans la mentalité des Chrétiens, remplaçait le martyre.

LES TROIS VŒUX : RESUME’ DE L’EVANGILE

Les trois vœux (pauvreté, chasteté en vue du Royaume des Cieux et obéissance) ont été considérés, dès le début, comme le résumé de l’Evangile. La vie religieuse, évidemment, jaillit de la totalité du message évangélique. La distinction rigide entre préceptes et conseils ne vient pas de l’enseignement de Jésus. Jésus appelle tout le monde à la sainteté et à la perfection. Après avoir exposé « les béatitudes » et la place de ses disciples dans la société, Jésus dit : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5, 47) et encore : « Vous êtes le sel de la terre » (Matthieu 5, 13).

A juste titre, le Concile Vatican II a affirmé que tous les membres de l’Eglise sont appelés à la sainteté, qui s’exprime essentiellement dans la pratique de la charité (Lumen Gentium, & 39). La première génération chrétienne a essayé de vivre cet appel à la sainteté dans la koinonia : c’est-à-dire dans la communion fraternelle, dans la participation à la même table du Seigneur et dans la mise en commun des biens (Actes 4, 32-35). Mais les communautés chrétiennes vivaient, aux premiers temps de l’Eglise, dans des milieux culturels différents.

Dès l’origine du Christianisme, il y avait des gens qui vivaient le célibat et la virginité pour le Royaume des Cieux (Matthieu 19, 11-12). L’influence du Platonisme, du Stoïcisme et du Manichéisme dans les communautés chrétiennes du monde grec a été importante, surtout pour ce qui concerne le corps. Elle a accentué le dualisme anthropologique de la personne humaine. On privilégiait la dimension intellectuelle et spirituelle au détriment de la dimension corporelle et matérielle. Tout cela a été vécu par le monachisme. Le moine donc devait vivre dans la pauvreté, souvent confuse avec l’indigence, la chasteté avec le refus de toute relation humaine et affective et l’effacement de la sexualité, et l’obéissance au préposé ou supérieur de la communauté.

Les ermites, eux, vivaient dans la solitude et dans l’isolement, souvent avec des attitudes bizarres (comme le Stylites ou moines qui passaient leur vie perchés sur une colonne). Saint Basile de Césarée (329-379), après un tour en Egypte et en Syrie, comprit qu’il fallait corriger certaines exagérations. Il organisa les ascètes en fraternités. Et dans la Cité de la Charité, qu’il avait instituée à Césarée de Cappadoce, ses moines et ses moniales devaient se dévouer aux soins des malades, des pauvres et des pèlerins. Cette forme de vie monastique se répandit comme une traînée de poudre. En Afrique, saint Augustin, évêque d’Hippone (354-430) en Algérie, fonda un monastère pour des Chrétiens laïcs, près de son église cathédrale et groupa les vierges en communauté.

Saint Augustin, en plus d’un pasteur, était un théologien de première qualité, qui avait une certaine vision du Christianisme et du Salut apporté par le Christ. Sa théologie morale, par exemple, été branchée sur la philosophie néoplatonicienne et la doctrine du Manichéisme. Elle a eu une influence très grande dans la tradition occidentale. Pour lui, la sexualité devait être vécue et expérimentée seulement dans le mariage, et seulement en fonction de la fécondité (= faire des enfants). Ses idées ont eu une vie dure, jusqu’à la moitié du 20ème siècle, quand la révolution de mai 68 plaça en premier lieu l’amour et le plaisir sexuel dans la vie des couples. L’invention de la pilule contraceptive par Gregory Pincus en 1956 a eu un impact important dans la vie sexuelle de la société occidentale, en ajoutant en plus les contraceptifs de tous genres et la généralisation de l’IVG.

Finalement la vie sexuelle n’était plus liée obligatoirement à la fécondité, et l’amour et le plaisir sexuel ont parfois dépassés dans l’imaginaire des gens la fécondité. Et tout cela a eu une grande influence aussi dans la vie religieuse, surtout en Occident, de la même façon qu’au 3ème et 4ème siècle les idées du Platonisme, du Stoïcisme et du Manichéisme avaient façonné l’anthropologie chrétienne. L’anthropologie (ou conception de la vie humaine dans une société déterminée), favorise une certaine façon de vivre la vie religieuse dans toute culture.

Saint Benoît de Nurcie (480-547), fondateur du Monachisme occidental, apporta à la vie monastique une organisation basée sur son sens de l’humanité et l’importance du travail. On peut résumer cet apport en quatre points : 1° La modération dans la nourriture, la boisson et le sommeil. 2° La gravité du comportement du moine. 3° L’austérité ou éloignement du monde. 4° La douceur, expression de la charité. Les monastères bénédictins se sont diffusés particulièrement en Europe, grâce surtout à l’empereur Charlemagne (742-814), et ils ont contribué à la diffusion de la vie religieuse, dans les quatre coins du monde, jusqu’à nos jours.

LES ORDRES MENDIANTS

Un pas important dans la façon de vivre la vie religieuses a été accompli par les Ordres Mendiants. Les Dominicains et les Franciscains (13ème siècle) ont réalisé la véritable réforme de l’Eglise, celle qui était invoquée depuis longtemps par les esprits, épris d’Evangile (les Bénédictins de Cluny et Grégoire VII), et aussi par des mouvements hérétiques, comme les Cathares, les Vaudois et les Hussites. Saint Dominique de Guzman était né en Espagne en 1170. Il étudia la philosophie et la théologie à Palencia. En 1215, il s’établit à Toulouse (France) et fonda, l’année suivante, l’Ordre des Prêcheurs, mieux connu comme Dominicains. Dominique donna une grande place à la prière liturgique et à la méditation. « Contemplata aliis tradere » (= communiquer aux autres ce qu’on a découvert à travers la prière et la méditation » c’est la devise des Dominicains aujourd’hui encore.

A Toulouse saint Dominique avait rencontré l’hérésie des Cathares. Pour les combattre, selon lui, et à raison, il ne fallait pas utiliser les armes, mais la prière et la science théologique. Les Dominicains pratiquaient la mendicité par esprit de pauvreté et ils sont un des Ordres mendiants de l’Eglise. Véritable révolutionnaire et un génie religieux a été saint François d’Assise (1181-1226). Il a fondé les Frères Mineurs, de simples laïcs, vivant, au milieu du monde et pour les Chrétiens du monde, la vie du Christ pauvre, chaste et obéissant, dans la pénitence, la prière, la prédication, la mendicité et le travail manuel (si besoin est, pour survivre et pas pour accumuler des richesses). Grâce à saint François, la pratique des conseils évangéliques est apparue hors des murs des monastères, sur les routes, les villes et les villages, dans la pleine liberté des enfants de Dieu.

Et quand le Concile de Latran, en 1215, établit que quiconque voudrait fonder une association religieuse nouvelle, devait adopter une règle déjà approuvée par l’Eglise, le Pape Innocent III intervint en personne, pour dire que cette règle ne devait pas s’appliquer aux Frères Mineurs. Mais bientôt les Frères Mineurs se sont institutionnalisés et devinrent un Ordre clérical. Saint François alors donna ses démissions, en 1220, après son voyage au Moyen Orient, et vécut le reste de sa vie dans la prière, la pénitence et la contemplation.

D’autres communautés de Mendiants ont été créées dans la deuxième moitié du 13ème siècle, comme les Carmes et les Ermites de saint Augustin. Avec la fondation des Ordres mendiants, est reconnu le principe d’une vie consacrée, où l’on intègre la pratique intégrale des conseils évangéliques à une vie soit de laïcs, soit des clercs, engagés par vocation dans l’apostolat actif au sein du monde. La création du Tiers Ordre par saint François d’Assise a été un fait important, parce qu’il a favorisé la promotion du laïcat dans l’Eglise.

LA FONDATION DE LA COMPAGNIE DE JESUS

La vie religieuse devait s’adapter aux changements de la société et aux besoins nouveaux de l’Eglise. La fondation de la Compagnie de Jésus, ou Jésuites, en 1540, a été une nouveauté dans l’Eglise. Les Jésuites, comme des soldats, étaient au service du Pape pour travailler dans toute l’Eglise; ils ne se distinguaient pas extérieurement des prêtres séculiers ; chaque membre avait une grande liberté d’action, tout en faisant partie d’un Ordre puissamment structuré. Pour la première fois, la vie religieuse se dégageait totalement des structures monastiques. Les Jésuites ont contribué fortement à la réponse catholique au Tsunami (ou Réforme) protestant (-e).

On comprend alors pour quelles raisons les forces qui se réclamaient de la Réforme protestante, de l’Illuminisme et de la Franc-maçonnerie obligèrent le Pape Clément XIV à la suppression de la Compagnie de Jésus, en 1773. Et la femme apostolique dans l’Eglise ? Les femmes apostoliques ont eu finalement leur place dans la vie de l’Eglise, grâce à saint Vincent de Paul (1581-1660) et à sainte Louise de Marillac (1591-1660). En 1633, ils ont fondé les Filles de la Charité. Les deux Saints, ignorant les distinctions des canonistes, ont accepté que leurs « Filles » soient privées du nom de « religieuses ». Elles ne firent donc que des vœux privés et, sous la forme d’une société de pieuses femmes sans vœux publics, purent jouir de la liberté nécessaire pour vivre la pratique des conseils évangéliques au service des pauvres et des malades.

L’ESSOR DU 19ème SIECLE

Après les soubresauts provoqués par la Révolution Française (1789-1794) et les guerres organisées par Napoléon Bonaparte (1769-1821), qui ont fait, pince-sans-rire, 5 millions de morts, un certain calme paraissait de retour. L’Eglise aussi soigna ses blessures et commença à manifester une bonne vitalité. En 1814, la Compagnie de Jésus fut reconstituée par le Pape Pie VII, après sa suppression en 1773 par le Pape Clément XIV. La Congrégation de Propaganda Fide (= propagation de la foi), qui veillait à l’évangélisation du monde, prit un nouveau démarrage en 1817, après sa suppression par le gouvernement napoléonien à Rome, en 1798. L’œuvre du pape Grégoire XVI (pape de 1831 à 1846) a été extraordinaire, surtout pour ce qui concerne la fondation de nouvelles Congrégations religieuses, consacrées entièrement à l’évangélisation du monde.

Ont vu le jour alors : les Picpuciens en 1800, les Maristes en 1815, les Oblats de Marie Immaculée en 1816, les Spiritains en 1848, les Missions Africaines de Lyon en 1856, les Pères Blancs en 1868, les Verbites en 1875, les Missionnaires Comboniens en 1867, les Sœurs Missionnaires Comboniennes en 1872, l’Institut des Missions Etrangères de Milan en 1850, les Salésiens en 1859, les Pères Xavériens en 1898, les Missionnaires de la Consolata en 1901, etc.

Toutes ces Congrégations Missionnaires, avec les Ordres Religieux traditionnels (comme les Bénédictins, les Dominicains, les Franciscains, les Jésuites, etc.) ont développé l’implantation de l’Eglise dans tous les pays du monde, avec une multitude d’œuvres sociales, dans le domaine de l’éducation, de la santé, du développement, etc. Ils ont transformé le Christianisme en une religion mondialisée. C’est ce que le politologue français Olivier Roy, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris (IEP), a constaté, d’après son analyse parue dans son livre « La sainte ignorance », publié en 2008.

AU TEMPS DU CONCILE VATICAN II

Une des nouveautés de la vie religieuse au 20ème siècle a été la fondation des Instituts séculiers, reconnus par le Pape Pie XII en 1947. Les Instituts séculiers rassemblent des individus, qui, sans vie commune, mènent leur vie dans les conditions ordinaires du monde, seuls ou chacun dans sa famille ou encore dans un groupe de vie fraternelle. Les membres d’un Institut séculier peuvent être des prêtres (Exemple : l’Institut du Prado, fondé à Lyon par le Bienheureux Antoine Chevrier, en 1866) ou des laïcs, hommes ou femmes (Exemple : la fraternité Jésus-Caritas, qui vit de la spiritualité de Charles de Foucauld). Dans la foulée du Concile Vatican II, de nouvelles formes de vie consacrée ont fait leur apparition (Exemple : fidèles consacrés de la communauté de l’Emmanuel ou du Chemin-Neuf ou des Béatitudes).

Il y a eu aussi des mouvements de laïcs comme les Focolari, les communautés néo-catéchumènales, le Renouveau Charismatique Catholique, Communion et Libération, etc. qui ont eu et ont encore un grand impact dans la vie de l’Eglise. Le pape François a proclamé cette année « Année de la vie consacrée » (du 30 novembre 2014 au 2 février 2O16). A cette fin, il nous a écrit une lettre, le 28 novembre 2014. « Je vous écris – c’est le pape François – en tant que votre frère, consacré à Dieu comme vous ». Il nous invite à regarder le passé avec reconnaissance, « pour cueillir l’étincelle inspiratrice, les idéaux, les projets, les valeurs » qui ont poussé les Fondateurs, les Fondatrices, les premières communautés à vivre le charisme au long de l’histoire.

Le Pape nous invite à vivre le présent avec passion (I, & 2), et embrasser l’avenir avec espérance. « Nous connaissons – c’est toujours le Pape – les difficultés que rencontre la vie consacrée dans ses différentes formes : la diminution des vocations et le vieillissement, surtout dans le monde occidental, les problèmes économiques suite à la grave crise financière mondiale, les défis de l’internationalité et de la mondialisation, les tentations du relativisme, la marginalisation et l’insignifiance sociale… ».

Notre espérance a son fondement dans le Christ Seigneur, qui nous envoie son Esprit. Benoît XVI disait : « Ne vous unissez pas aux prophètes de malheur qui proclament la fin ou le non sens de la vie consacrée dans l’église de nos jours ; mais revêtez-vous plutôt de Jésus Christ et revêtez les armes de lumière comme exhorte saint Paul (Romains 13, 11-14), en demeurant éveillés et vigilants ». A raison donc le pape François s’exclame : « Là où il y a les religieux, il y a la joie » (II, &1).

CONCLUSION

Vie religieuse doit être vécue joyeusement en Afrique aussi ! Le Cardinal Joseph Malula (1917-1989) disait, à propos de la vie religieuse : « Les religieux et les religieuses sont le poumon droit et gauche de l’Eglise ; les laïcs, l’épine dorsale ». Il venait de fonder en 1966 la Congrégation des Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. A cette époque-là on parlait beaucoup d’authenticité, d’inculturation. Le Cardinal Malula a fait donc ce commentaire : « Dans le grand mouvement du recours à l’authenticité, quelle est la place de la vie religieuse ? Importation ? Aliénation ? Non.

Si vous le voulez, le Christianisme a dû être importé dans toutes les civilisations. Disons plutôt, c’est une irruption de Dieu dans l’histoire des hommes ; donc dans l’histoire des hommes d’Afrique aussi » (Malula J., « Méditations sur les vœux », 1975). Paroles qui ont encore aujourd’hui toute leur importance et qui méritent d’être étudiées par tous les Chrétiens africains. Le pape François de conclure, dans sa lettre du 21 novembre 2014 : la vie consacrée est « un don à l’Eglise, elle n’est pas une réalité isolée ou marginale… Elle est au cœur de l’Eglise… » (III, & 5).

Tonino Falaguasta Nyabenda

http://afriquespoir.org/?q=node/1056

 

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