Comboni, les Comboniens et les défis de la Mission aujourd’hui (Ière partie)

Symposium missionnaire

Comboni, les Comboniens

et les défis de

la Mission aujourd’hui

Paroisse N D de Fatima (Kinshasa)

Du 10 au 12 octobre 2014

ACTES DU SYMPOSIUM MISSIONNAIRE

COMBONIENS 50 ANS EN RD CONGO

« Comboni, les Comboniens

et les défis de la mission aujourd’hui »

Contexte du Symposium

La Congrégation des Missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus (MCCJ) a accompli ses 50ans d’existence et d’évangélisation en République Démocratique du Congo.

L’année jubilaire de la présence des Missionnaires Comboniens en RD Congo a été lancée en décembre 2013 par une messe d’action de grâce présidée par Mgr Timothée Bodika, Evêque Auxiliaire de Kinshasa.

Pour clôturer cette année jubilaire, un symposium missionnaire s’est tenu à Kinshasa du 10 au 12 octobre 2014, en la Paroisse Notre Dame de Fatima à Kinshasa/Gombe, non seulement pour commémorer l’évènement, mais aussi pour envisager l’avenir.

« Comboni, les comboniens et les défis de la mission aujourd’hui », est le thème qui a été retenu pour ce symposium dont le fil conducteur était de faire une relecture de l’histoire des Comboniens depuis leur implantation au Congo jusqu’à ces jours, d’une part; et d’autre part, de réfléchir sur des pistes d’action en vue de revivifier le plan du Saint Fondateur des Comboniens, Daniel Comboni, de la régénération de l’Afrique.

« Sauver l’Afrique par l’Afrique », stratégie d’évangélisation de l’Afrique lancée par Daniel Comboni il y a 150 ans, est non seulement un fil conducteur de l’action missionnaire de Comboni et de ses successeurs mais surtout un état d’esprit dans les actions évangélisatrices engagées par les missionnaires comboniens à travers le monde, en Afrique et dans l’Eglise locale de la République Démocratique du Congo.

Occasion particulière de toute la famille pour jeter une regard rétrospectif et prospectif du riche héritage combonien, le symposium a permis de recréer l’unité de cette famille dans sa pluralité d’expression ( prêtres, frères, sœurs et laïcs).

Le cinquantenaire des Comboniens en RD Congo est célébré dans la mouvance de plusieurs autres cinquantenaires, notamment :

le cinquantenaire du Concile Vatican 2 ;

le cinquantenaire du martyre de la Bienheureuse Anuarite Nengapeta Marie Clémentine ;

le cinquantenaire du Décret Conciliaire sur le Renouveau de la Vie Consacrée ;

et celui, il y a trois ans, de la célébration de l’indépendance de la République démocratique du Congo.

Un regard croisé des 50 ans de l’activité missionnaire combonienne sous l’éclairage d’autres cinquantenaires, a permis effectivement de célébrer ce jubilé d’argent comme « une histoire de donation et d’espérance ».

Déroulement des travaux

1. Introduction au Cinquantenaire des Missionnaires Comboniens en République Démocratique du Congo

Les travaux du Symposium Missionnaire Combonien ont été lancés le vendredi 10 octobre 2014. Introduite par la prière de Son Excellence Monseigneur Timothée Bodika, Evêque Auxiliaire de Kinshasa, la journée d’ouverture du Symposium a connu trois temps forts :

le mot d’ouverture du Père Provincial des Missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus, le Révérend Père Joseph MUMBERE ;

la conférence intitulée « Concrétisation des intuitions missionnaires de Comboni (et d’autres saints Fondateurs) dans l’Eglise locale de la RDCongo », par Mgr Timothée BODIKA, Evêque auxiliaire de Kinshasa ;

échanges et débats.

1.1. Mot d’ouverture du Supérieur Provincial

Le Révérend Père Provincial a commencé par circonscrire le cadre du symposium : le jubilé des 50 ans des Missionnaires Comboniens au Congo.

Il a ensuite retracé l’historique de la congrégation, des origines jusqu’à son implantation sur le sol africain et particulièrement en RD Congo. L’œuvre combonienne dans ce vaste pays date de 1963, dans le diocèse d’Isiro – Niangara, en proie à cette époque à la rébellion muleliste.

Le début de l’implantation missionnaire s’est donc déroulé dans un contexte marqué par les défis de la violence et de l’insécurité qui régnait dans cette partie du Congo et qui rendait à la mission son rôle prophétique et son caractère vivant. Quatre missionnaires Comboniens ont payé de leurs vies leur engagement au courant de l’année 1964. Ainsi sont-ils considérés comme martyrs.

Actuellement, l’activité missionnaire s’étend sur huit diocèses où les comboniens travaillent en collaboration avec l’Eglise locale :

Isiro – Niangara ;

Dungu- Doruma ;

Bondo ;

Kisangani ;

Wamba ;

Butembo-Beni ;

Kinshasa ;

Kisantu.

Conformément à leur charisme, les missionnaires comboniens s’intègrent dans les activités de l’Eglise locale à travers les domaines suivants :

création et accompagnement de communautés chrétiennes

l’animation missionnaire ;

le développement ;

le centre de recherche.

Le bilan de la présence missionnaire des Comboniens permet de noter que des résultats encourageants sont à mettre à l’actif de cette Congrégation, notamment par la présence de 77 prêtres autochtones ainsi que plusieurs consacrées congolaises dans les instituts féminins de vie consacrée. Une dynamique des laïcs comboniens se développe à travers le pays et donne à l’intuition de saint Daniel Comboni toute sa dimension et son actualité; l’africain, mieux le congolais, devient protagoniste d’un développement qui peut changer le monde.

Tout cela fait de ce jubilé une action de grâce qui doit constituer un motif de réengagement et de réarmement pour ceux qui, à la suite de Daniel COMBONI, Apôtre de l’Afrique, se dédient pour donner de l’espérance à ceux qui sont affectés par le désespoir et la précarité.

1.2. « Concrétisation des intuitions missionnaires de Comboni (et d’autres saints Fondateurs) dans l’Eglise locale de la République Démocratique du Congo », Conférence de Son Excellence Mgr Timothée BODIKA, Evêque auxiliaire de Kinshasa 

La Conférence de Mgr Bodika a été structurée en quatre points essentiels notamment :

le mandat missionnaire de l’Eglise (missio ad gentes)

le nouvel élan missionnaire,

l’intuition missionnaire de Daniel Comboni (et d’autres saints fondateurs),

l’Eglise du Congo et la mission ad gentes.

Introduisant sa conférence, Mgr Bodika a rappelé le contexte de la tenue de ce symposium qui, au-delà de sa connexité avec d’autres cinquantenaires évoqués ci-dessus, permet de situer la place et la contribution des Missionnaires Comboniens dans l’expansion du christianisme en RD Congo, en Afrique et dans le monde.

1.2.1. Le mandat missionnaire de l’Eglise

La mission de l’Eglise découle de celle du Christ qui a été envoyé par Dieu pour sauver le monde (Jean 3 :16). Sa raison d’être est sa nécessité sont tirées de la volonté de Dieu.

Jésus-Christ, à son tour, a confié le mandat missionnaire à ses disciples (Marc 16 :15) ; d’où le début du temps de la mission de l’Eglise.

La mission est la même mais les conditions changent. Et toutes les générations doivent en prendre conscience. 

La mission est donc un envoi. Elle suppose la relation avec Dieu, avec le monde, avec le contenu du message. La diffusion de l’évangile reste le mandat missionnaire de l’Eglise.

1.2.2. L’intuition missionnaire de Comboni et d’autres saints fondateurs)

Au 19è siècle, un nouvel élan missionnaire prend place. Cela s’est caractérisé par la naissance de plusieurs instituts missionnaires dont le but assigné est d’évangéliser l’Afrique et de propager la bonne nouvelle du Christ.

Plusieurs sociétés et instituts missionnaires voient le jour et se déploient en Afrique et aussi en RD Congo ; on y trouve des Pères du Saint –Esprit, des Pères de Lyon SMA, des Pères Blancs, des Oblats de Marie Immaculée, des Pères Mont fortins, des Pères Consolata, des Missionnaires de Scheut, des Bénédictins, des Missionnaires du verbe Divin, des Jésuites, des Franciscains, des Dominicains, des Lazaristes de Saint Vincent de Paul, des Rédemptoristes, des Salésiens de Don Bosco, des Comboniens, etc. Chaque société ou institut se dote d’un charisme propre et d’une méthodologie.

Daniel Comboni naquit à Limone sul Garda (Brescia, Italie) en 1831. Encore jeune, il alla à Vérone, à l’école du Serviteur de Dieu, l’abbé Nicolas Mazza. Là il entendit l’appel de Dieu: consacrer sa vie à l’évangélisation des pauvres de l’Afrique Centrale.

Le sens spirituel de sa vocation se concrétisa quand, alors qu’il était en prière à St. Pierre de Rome (1864), une idée “lui traversa l’esprit comme un éclair”: sauver l’Afrique par l’Afrique. C’est cette idée qu’il développa dans son “Plan”, qu’il écrivit aussitôt.

Fidèle à sa devise “ou l’Afrique ou la mort”, il visita beaucoup de pays d’Europe pour y réveiller l’esprit missionnaire. Il présenta aux Pères du Concile Vatican I son “Postulatum pro Nigritia” (1870). C’est alors qu’il fonda deux Instituts missionnaires, l’un masculin et l’autre féminin. Il fut chargé du Vicariat Apostolique de l’Afrique Centrale, d’abord comme Pro-vicaire (1872) et ensuite comme Vicaire et Évêque (1877). Témoignant lui-même de la “gloire de la croix”, il sacrifia sa vie pour l’Afrique. Il mourut à Khartoum (Soudan) le 10 octobre 1881. Comboni a été canonisé à Rome le 5 octobre 2003 par le pape Jean Paul II.

Qu’a-t-on fait de son plan 150 ans après et 50 ans au Congo ? telle est la question que ce symposium doit examiner car quoique mort, l’esprit de Daniel Comboni est en nous, héritiers de son œuvre missionnaire.

1.2.3. L’Eglise du Congo et la mission ad gentes

L’Eglise consciente de la mission reçue, forme, produit, des hommes et des femmes iront prêcher l’évangile, assister les malades, réconcilier les adversaires… rappeler à ceux qui souffrent que Dieu est Père.

Conclusion et perspectives

Dans la mise en perspective de son intervention, l’orateur a identifié 5 défis de la mission dans e contexte de notre temps :

le défi de la mémoire : prendre appui sur les repères de notre passé et capitaliser,

le défi de l’avenir : s’inscrire dans une vision missionnaire pour faire une pastorale d’espérance,

le défi du présent : lire les signes de temps et adapter l’action,

le défi d’une congrégation en sortie missionnaire : réaliser un nouveau départ

et le défi de la nouvelle évangélisation : s’inscrire dans une démarche de remise en question et de régénération.

1.3. Echanges et Débat

Au cours des échanges, enrichissements et débats, plusieurs aspects sont abordés :

La question de la pastorale de la communication sociale comme outil d’évangélisation

Le rôle et la place de la famille dans la stratégie d’évangélisation des Comboniens, notamment en rapport avec la vie consacrée.

La prise en compte de la faiblesse de l’homme affecté par des problèmes existentiels pour maintenir on élan à suivre le Christ ;

Le symposium en tant qu’anamnèse considérant le défi de la mémoire pour que l’héritage combonien soit un patrimoine de la chrétienté toute entière ;

La question de l’expansion missionnaire des Comboniens dans les diocèses de l’Ouest du pays ;

L’intérêt à développer une pastorale spécifique pour les personnes en situation de précarité ;

Les stratégies d’évangélisation des personnes qui attendant des signes d’appel de Dieu (attentisme) ;

La prise en compte des orientations missionnaires laissées par le Cardinal Joseph Albert Malula et leur adéquation avec le charisme combonien (inculturation, une Eglise congolaise authentique.

2. Le Cinquantenaire des Comboniens en République Démocratique du Congo :Repères historiques et pastoraux

Le samedi 11octobre, deuxième journée des assises du symposium, a été introduite par la prière dite par le Père Provincial Joseph Mumbere.

L’économie des travaux de la journée précédente a été présentée par le Modérateur du Symposium, M. Désiré Nkoy.

Le symposium s’est poursuivi à travers les interventions de deux grandes personnalités du monde scientifique et deux historiens de renom professeurs, les Professeurs Isidore NDAYWEL è NZIEM et Léon de Saint Moulin,sj, qui ont inscrit la présence missionnaire des Comboniens en RD Congo dans la mouvance de l’histoire de la République Démocratique du Congo depuis l’indépendance, pour le premier, et dans la suite de celle de l’activité évangélisatrice en RD Congo depuis le Concile Vatican 2, pour le second.

2.1. « Vivre le devenir de la RD Congo depuis l’indépendance : difficultés, progrès et perspectives. » par le Professeur Isidore Ndaywel e Nziem.

L’intervenant a brossé le tableau du vécu religieux de notre société depuis l’indépendance jusqu’à ce jour. En plus, il a rappelé que la période de crise, de bouleversement, de remise en cause qu’a traversée la RD Congo correspond à celle où les comboniens ont choisi de venir s’implanter sur le même territoire. Ils n’ont donc pas été épargnés de ces épreuves.

Pour le professeur NDAYWELL, trois séquences ont caractérisé le vécu chrétien du congolais, à savoir : de 1960 à 1970, de 1970 à 1990, de 1990 à nos jours.

La première séquence (de 1960 à 1970), considérée comme étant l’ère de l’anticolonialisme et de l’inculturation, a été parsemée des faits tels que l’admission des candidats autochtones dans les congrégations internationales, la rupture entre les anciens séminaristes et leurs anciens maîtres, l’implantation et l’expansion du kimbanguisme, du protestantisme, etc.

Aussi, à cette période, le catholicisme devient l’objet de suspicion.

La deuxième séquence, période de grandes mutations, a été marquée par la redécouverte du christianisme, la réunification des Eglises protestantes, le conflit idéologique entre l’Eglise catholique et l’état qui aboutira finalement à la réconciliation.

Dans la troisième séquence, le vécu religieux connaît une stabilité. Les Eglises de réveil se multiplient, des groupes charismatiques se forment au sein du catholicisme. La mise en phase d’un œcuménisme, la transformation de l’évangélisation en une spiritualité de guérison, la spiritualité des laïcs sont quelques-unes des conséquences de cette stabilité.

Dans sa conclusion, le Professeur Isidore Ndaywel relevé quatre considérations majeures dans le vécu religieux congolais de la période post-indépendance :

le caractère incontournable de la foi en Jésus Christ au Congo,

la pratique de l’inculturation et son évolution de l’action évangélisatrice touchant la gestion du temporel, c’est-à-dire le champ politique et socioéconomique,

le problème de la formation intégrale des laïcs (engagement au niveau de la vie publique dans le contexte de la promotion des valeurs éthiques et morales), des prêtres, des religieux (formation en anthropologie, sociologie et histoire pour mieux ancrer le message) ;

le changement de regard vis-à-vis des Eglises de réveil, parmi les nouveaux défis de l’évangélisation, pour éviter la montée de l’intégrisme et du fondamentalisme chrétien(djihadisme chrétien, enseignement dangereux, phénomène enfants et parents sorciers…).

Pour l’intervenant, «Sauver l’Afrique par l’Afrique » implique lutter contre tous les antivaleurs et les fléaux décriés ci-dessus.

2.2. « L’activité évangélisatrice en RD Congo depuis le concile Vatican II. Transformations et perspectives d’avenir », par le Professeur RP Léon de Saint MOULIN, sj.

Le Professeur Léon de Saint Moulin orateur a commencé par la délimitation de la présence des Comboniens en Afrique et en RD Congo entre 1888 à nos jours.

L’implantation missionnaire des Comboniens à travers les diocèses de la RD Congo, malgré leur arrivée tardive, est effective dans les diocèses suivants :Isiro- Niangara (1963), Dungu-Doruma (1970), Wamba (1971), Bondo (1974), Kisangani (1975), Kinshasa(1991), Butembo-Beni (2000), et Kisantu.

L’intervenant a placé l’action des Comboniens pendant les cinq décennies marquées par des faits, des événements ayant eu un impact sur l’activité évangélisatrice de la RD Congo (1964-1974, 1974-1984, 1984-19994, 1994-2004,2004-2014).

Durant les cinquante ans, les Comboniens sont restés fidèles à leur engagement missionnaire. Ils ontfait preuve de disponibilité, de discernement, du charisme qui est propre à eux pour un avenir meilleur. Ainsi la province des missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus compte-t-elle aujourd’hui 92membres dont 72 congolais.

La mission combonienne œuvre en RD Congo pour la construction et le développement. Cette présence est une histoire de donation et d’espérance, a conclu le Père Léon de Saint MOULIN.

Un débat houleux a suivi les deux interventions. Des questions et des réponses des uns et des autres s’est relevée la recommandation suivante : «  Former l’africain pour sauver l’africain » devait être la devise de l’Afrique.

2.3. Echanges et débat

Les points et aspects qui nourrissent le débat riche et fécond de cette journée portent essentiellement sur :

Le niveau du progrès et les indicateurs de l’évolution du Congo depuis l’indépendance ;

Le poids du matériel dans l’évangélisation

La persistance de l’image de tristesse et de pauvreté

L’irresponsabilité de la classe politique dans la gestion du temporel et le rôle de l’Eglise

L’absence des valeurs éthiques et morales dans l’engagement des chrétiens dans la vie publique ;

Les conflits persistants dans le pays depuis les indépendances

La place des jeunes dans la pastorale combonienne en tant qu’acteurs de transformation.

3. Le Cinquantenaire des Comboniens en République Démocratique du Congo : Actualité du Plan de la régénération de l’Afrique de Comboni dans le contexte congolais

Comme pour le deuxième jour du Symposium, le dimanche12 octobre, troisième journée et dernière des assises du symposium, les travaux sont introduits par la prière dite par le Père Provincial des Comboniens. La synthèse des travaux de la journée précédente est présentée par le Modérateur du Symposium.

Cette journée de clôture du symposium est dédiée aux perspectives de l’action missionnaire combonienne au Congo sous l’éclairage des RP Jean Claude KOBO et Fernando ZOLLI, MCCJ, deux intervenants avisés, pétris dans le charisme combonien, qui sont sollicités pour plancher sur l’actualité du Plan de la régénération de l’Afrique de Comboni dans le contexte actuel de la R.D.C. « Actualité du Plan de la régénération de l’Afrique de Comboni dans le contexte de la RD Congo »

3.1. Actualité du Plan de régénération de l’Afrique de Comboni en contexte congolais, RP Jean Claude KOBO, MCCJ

L’intervenant a commencé par souligner l’impact, l’apport du plan de Comboni (plan d’évangélisation) sur la promotion humaine et sociale des africains.

L’exposé est structuré en 4 points qui s’articulent de la manière suivante :

Contexte historique du plan (sou bassement, Comboni et son temps),

On ne fait jamais seul (la révolution de Comboni, le plan et ses nouveautés),

Actualisation du plan en RDC (ambiguïté, le christianisme en RD Congo, Comboniens congolais, martyrs inoubliables, média, développement),

Perspectives.

Dans le développement de son intervention, le RP Jean Claude souligne que « sauver l’Afrique par l’Afrique » demeure important à la mission de l’Afrique d’aujourd’hui. Pour Comboni, « ou l’Afrique ou la mort.». Son plan, visant la régénération de l’Afrique, est une nouvelle formule pour l’évangélisation du continent, et constitue un tournant décisif.

Le plan de Comboni propose une approche missionnaire différente. Il a un caractère révolutionnaire et original par rapport aux autres plans ayant marqué leur existence. Pour Comboni, le grand sujet de son évangélisation est l’africain lui-même.

Il veut unir toutes les forces de l’Eglise autour d’une même idée pour évangéliser l’Afrique et aussi former les africains en terre africaine.

Aujourd’hui, l’Afrique, à 150ans du plan de Comboni, connaît des changements importants. Le christianisme gagne du terrain de manière formidable en R.D.C et les comboniens contribuent à cela. On compte de nos jours parmi les comboniens, 80 congolais et beaucoup des jeunes membres en formation, hormis les laïcs.

Pour l’évangélisation, les comboniens ont mis les médias au profit de la mission. Ils ont créé le Centre Afrique Espoir « pour responsabiliser l’africain ».

A cela s’ajoute la construction des centres d’éducation, des universités, toujours dans le souci de former l’africain.

Le plan de régénération de l’Afrique par l’Afrique n’est plus un document ; c’est une vie. Il faut donc le vivre, a conclu le Père J.C KOBO.

3.2. Actualité du Plan de régénération de l’Afrique de Comboni en contexte congolais, RP Fernando ZOLLI, MCCJ

En introduisant son intervention, le RP ZOLLI souligne le fait que le plan de régénération de l’Afrique a été revu 7 fois. Ce plan de Comboni est historique. Dans la mesure où il n’est pas figé, le plan est appelé à être adapté aux différents contextes de nos milieux d’évangélisation: cela à la lumière du charisme combonien.

D’abord la régénération du plan invité à bousculer l’imaginaire missionnaire pour donner des réponses aux questions d’aujourd’hui, à travers quatre paramètres :

la lecture de l’analyse sociale, politique, économique et anthropologique par les yeux de la foi, c’est-à-dire une analyse contemplative à la lumière du Christ ;

la réadaptation du plan Comboni dans le contexte d’une mission mondialisée, en s’impliquant dans les périphéries existentielles ;

l’approfondissement de la spiritualité (cœur du bon Pasteur) ;

et l’inculturation de la mission qui doit se nourrir des réalités authentiques des communautés de vie.

Régénérer l’Afrique constitue un nouveau départ pour les missionnaires qui doivent s’appuyer sur leur fragilité.

Pour le RP ZOLLI, l’actualisation du Plan de régénération de l’Afrique devraient s’appuyer sur les priorités suivantes :

Mettre au cœur de la mission, la parole de Dieu ;

Etre des hommes et des femmes de la réconciliation  (soigner les blessures physiques et psychologiques et guérir les traumatismes des conflits et de la précarité);

Accorder une attention particulière à l’urbanisation (exode rural) ;

Avoir une attention particulière pour la jeunesse ;

Travailler pour la sauvegarde de la création (environnement, gestion responsable des ressources naturelles, respect des biens communs) ;

Investir sur la formation des ressources humaines (promouvoir les valeurs éthiques et morales);

Consolider le dialogue inter-religieux.

Toutes ces priorités ne sont pas sans modalités ; d’où la formation des communautés évangéliques et apostoliques, la communication, la prière, le partage et l’autofinancement ainsi que l’ancrage dans l’Eglise locale.

Pour terminer, le Père Fernando ZOLLI a exhorté les missionnaires Comboniens à une pastorale de proximité, à continuer d’être des hommes et de femmes de donation.

3.3. Echanges et débat

Les conférences ont cédé leur place à un débat au cours duquel les participants ont approfondi la réflexion sur la question du plan de la régénération de l’Afrique selon la vision combonienne. Plusieurs aspects ont émergé de ces échanges :

Le rôle des média en tant que quatrième pouvoir ;

L’attention à porter à la pastorale des jeunes ;

Les enjeux de la mise en œuvre du plan dans l’Eglise de ces temps-là ;

La question d l’apostolat des laïcs missionnaires comboniens ;

L’ancrage des communautés combonienne dans l’Eglise locale : entre être et faire (face à l’attentisme local).

3.4. Clôture du Symposium

Après la présentation de la revue « Afriquespoir » par le RP Kike BAYO, le RP Joseph MUMBERE, Supérieur Provincial des Missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus en RDC, a procédé à la clôture des travaux du le symposium.

Le Supérieur Provincial a d’abord adressé une série de remerciements à Dieu notre Père, à Saint Daniel COMBONI, l’apôtre infatigable des africains, aux conférenciers, aux organisateurs, aux chorales, à tous les missionnaires comboniens, au Curé de Notre Dame de Fatima, àtous les fidèles chrétiens de Kinshasa.

Ensuite, il a rappelé quelques défis, considérations et perspectives d’avenir indiqués par les différentesinterventions tant des conférenciers que des participants.

Pour le Père Joseph MUMBERE, les trois jours de réflexion, de partage ont rendu chacun héritier de Comboni, lequel héritier est appelé à sauver le Congo par le Congo. Il a souhaité que ces assises stimulent le goût de la mission à tous les comboniens.

Ce symposium est un cadeau donné à tous les chrétiens de Kinshasa pour vivre la devise de son Eminence Laurent Cardinal MONSENGWO : «  Kinshasa teleme o ngenge na mwinda mwa Kristu »

Quant aux recommandations, le Supérieur Provincial a exhorté les membres de la famille combonienne à continuer à les approfondir dans les différentes assemblées et dans leurs milieux de vie.

Il a enfin demandé à Dieu, notre Père, par l’intercession de Saint Daniel COMBONI, de faire de tous les frères, ses vrais et des fidèles missionnaires.

Recommandations et Perspectives

Le Symposium Missionnaire Combonien en RD Congo, tenu à la Paroisse Notre dame de Fatima à Kinshasa du 10 au 12 octobre 2014 a été une occasion de réappropriation du charisme Combonien et de l’ensemble des réussites et des échecs, des joies et des difficultés, des forces et des faiblesses de l’activité missionnaire combonienne en RD Congo par tous ceux qui peuvent fièrement se désigner comme étant les filles et les fils de Saint Daniel Comboni, communauté constituée non seulement des personnes consacrées mais de tous ceux qui, par l’action missionnaire, ont été touchés par les enseignements de ce prophète.

Au cours des travaux du Symposium, il est ressorti que l’héritage de Comboni, à travers l’actualisation de son « Plan de régénération de l’Afrique » apporte à la mission dans le contexte d’aujourd’hui des éléments féconds pour que la bonne nouvelle du Christ soit annoncée jusqu’aux extrémités de la terre. Le choix des missionnaires Comboniens de la RD Congo de vivre au plus près des populations les plus déshéritées, tant dans les milieux ruraux qu’urbains, montre à quel point la pastorale de proximité est plus qu’indispensable.

L’Eglise particulière de la République Démocratique du Congo est confrontée aujourd’hui aux défis de la nouvelle évangélisation. Le contexte de conflits et de guerres, de pauvreté et de précarité, d’exclusion et de d’incertitudes, d’engagement pour l’émergence d’une société congolaise en quête de l’émergence des valeurs éthiques et morales donne quelques repères aux missionnaires Comboniens qui s’investissent dans l’action missionnaire.

A la lumière des exposés, échanges et débats, le Symposium Missionnaire Combonien a permis de faire remonter des défis, des stratégies et des priorités pastorales comme outils de capitalisation des expériences partagées.

1. Défis identifiés 

Le Symposium missionnaire combonien a permis de relever les défis pastoraux de notre temps :

le défi de la mémoire : prendre appui sur les repères de notre passé et capitaliser, prendre conscience de notre identité, nous ressourcer auprès de nôtres à cause de leur sainteté dans l’engagement ;

le défi de l’avenir : s’inscrire dans une vision missionnaire innovante pour faire une pastorale d’espérance,

le défi du présent : lire les signes de temps et adapter l’action,

le défi d’une congrégation en sortie missionnaire : réaliser un nouveau départ en allant aux périphéries pour partager la joie de la rencontre avec le Christ ;

et le défi de la nouvelle évangélisation : s’inscrire dans une démarche de remise en question et de régénération.

2. Moyens d’action

Pour faire face aux défis identifiés ci-dessus, il est nécessaire de consolider nos pratiques grâce à la trilogie pastorale : VOIR – JUGER – AGIR.

Ce qui implique :

la lecture de l’analyse sociale, politique, économique et anthropologique par les yeux de la foi, c’est-à-dire une analyse contemplative à la lumière du Christ ;

la réadaptation du plan Comboni dans le contexte d’une mission mondialisée, en s’impliquant dans les périphéries existentielles ;

l’approfondissement de la spiritualité (cœur du Bon Pasteur) ;

et l’inculturation de la mission qui doit se nourrir des réalités authentiques des communautés de vie.

Recommandations et perspectives

Le Symposium a indiqué les priorités vers lesquels devraient se focaliser l’action missionnaire post – cinquantenaire :

Mettre la parole de Dieu au cœur de la mission;

Etre des hommes et des femmes de la réconciliation  (soigner les blessures physiques et psychologiques et guérir les traumatismes des conflits et de la précarité);

Accorder une attention particulière à l’urbanisation (exode rural) ;

Avoir une attention particulière pour la jeunesse et la famille ;

Travailler pour la sauvegarde de la création (environnement, gestion responsable des ressources naturelles, respect des biens communs) ;

Investir sur la formation des ressources humaines (promouvoir les valeurs éthiques et morales);

Intensifier les actions de communication sociale pour élargir la communauté des savoirs,

Consolider le dialogue interreligieux.

Points d’attention et de vigilance

Le voyage au cœur de l’histoire de l’implantation missionnaire au Congo a permis de relever quelques points d’attention et de vigilance dont la prise en compte est indispensable pour l’avenir de la mission en RDC :

le caractère incontournable de la foi en Jésus Christ au Congo,

la pratique de l’inculturation et son évolution dans l’action évangélisatrice touchant la gestion du temporel, c’est-à-dire le champ politique et socioéconomique,

le problème de la formation intégrale des laïcs (engagement au niveau de la vie publique dans le contexte de la promotion des valeurs éthiques et morales), des prêtres, des religieux (formation en anthropologie, sociologie et histoire pour mieux ancrer le message) ;

le changement de regard vis-à-vis des Eglises du réveil, parmi les nouveaux défis de l’évangélisation, pour éviter la montée de l’intégrisme et du fondamentalisme chrétien (djihadisme chrétien, enseignement dangereux, phénomène enfants et parents sorciers…) ;

La valorisation de la fraternité chrétienne devenue forte et féconde par rapport à la fraternité de sang, du clan ou de la tribu .

« … Elanga na yo eboti mbuma kitoko, mosantu Daniel Comboni. Tokumisa Nzambe… »

Vendredi 10 octobre

Concrétisation des intuitions missionnaires de Comboni (et d’autres saints fondateurs) dans l’Eglise locale de la RD Congo

Par +Mgr Timothée BODIKA MANSIYAI

Evêque Auxiliaire de Kinshasa

ALLOCUTION A L’OCCASION

DE L’OUVERTURE

DU SYMPOSIUM MISSIONNAIRE

J’ai l’honneur de faire cette allocution d’ouverture de ce symposium missionnaire dans le cadre des commémorations du jubilé des 50 ans de présence des MCCJ en RDC. Comme Provincial des missionnaires comboniens au Congo, je suis rempli de joie de vous accueillir tous pour le démarrage de ce symposium de trois jours. Ce n’est pas par hasard que nous avons voulu le commencer le jour où l’Eglise universelle fait mémoire de St. Daniel Comboni, l’apôtre de l’Afrique. C’est pourquoi mon action de grâce va avant tout à Dieu notre Père, qui a envoyé son Fils Jésus sur terre pour nous sauver. Et ce dernier a laissé à ses apôtres et à son Eglise la mission de porter la Bonne nouvelle du salut à toutes les nations. Dieu soit loué et béni pour le don à l’Eglise et à l’Afrique de St. Daniel Comboni, qui a accueilli avec générosité l’appel de Dieu pour qu’il puisse mettre sa vie à sa disposition pour que l’Afrique fasse partie du peuple de Dieu. St. Daniel Comboni, en se mettant à la disposition de la mission universelle de l’Eglise pour l’évangélisation des peuples, a fondé à Vérone en Italie le 1er juin 1867 l’Institut des Missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus. Son Institut, initié uniquement pour la mission en Afrique afin de réaliser le Plan qu’il avait conçu de la régénération de l’Afrique par elle-même, a été transformé en Congrégation religieuse le 28 octobre 1885, et il est devenu un Institut de droit pontifical le 7 juin 1885. Fidèles au charisme et à la spiritualité de notre Fondateur qui, dans le mystère du Cœur transpercé de Jésus, a puisé l’élan de son généreux engagement missionnaire en Afrique, les MCCJ s’insèrent dans l’activité évangélisatrice de l’Eglise comme leur finalité unique et exclusive en répandant la Bonne Nouvelle parmi les peuples ou les groupes qui n’ont pas encore été ou pas assez évangélisés, appelés communément les plus pauvres et abandonnés. Aujourd’hui les MCCJ sont présents dans quatre continents : Afrique dans 15 pays, Amérique dans 11 pays, Asie dans 4 pays et Europe 7 pays.

En ce qui concerne la présence des MCCJ dans notre pays la RDC, elle a commencé le 12 décembre 1963 à Rungu dans le diocèse d’Isiro-Niangara. Expulsés du Soudan et accueilli par l’Évêque de Paulis (Isiro aujourd’hui), les comboniens initièrent au Congo une nouvelle mission d’insertion dans l’Eglise locale à une période très chaude de la rébellion muléliste et dans la région la plus martyrisée par les Simba, la Province Orientale. Quatre des premiers missionnaires comboniens envoyés au Congo vont verser leurs sangs sur le sol congolais : P. Remo Armani (24 novembre 1964), P. Laurent Piazza (1 décembre 1964), P. Evariste Migotti (1 décembre 1964), P. Antoine Zuccali (2 décembre 1964). En pensant au sang versé sur notre terre congolaise par ces quatre missionnaires comboniens et aux 170 autres missionnaires tués durant la rébellion muléliste, nous, missionnaires comboniens du Congo, nous avons célébré et vécu notre jubilé de 50 ans de présence combonienne en RDC sous l’insigne du martyre, en puisant, d’un côté, du témoignage de foi de nos martyrs, la force nécessaire pour porter en avant l’étendard et le flambeau de l’Evangile qu’ils ont planté en terre congolaise, et de l’autre côté, en vivant ce jubilé dans l’action de grâce, en brandissant et en soignant les fruits qui ont surgi de leurs vies données, qui concrétise ce passage de l’Evangile de Jean : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24).

Malgré ce début tragique et toute la suite des événements dramatiques que la RDC a vécus et continue à vivre, les missionnaires comboniens ont, durant les 50 dernières années, pas seulement fait une cause commune avec le peuple congolais dans plusieurs évènements sociopolitiques (les rebellions et les pillages, les instabilités politiques et crises économiques créant la misère de la population), mais ils ont aussi fait des choix des missions les plus difficiles dans des zones les plus reculées et enclavés dans les districts des Bas- et Haut- Uélé parmi les plus pauvres et abandonnés du Congo. En effet, le Congo depuis son indépendance semble être sur le chemin du calvaire, et comme Jésus fatigué en portant sa croix sur ce chemin, le peuple congolais a besoin des Simon de Cyrène, ces personnes de foi, qui l’aide a porté sa croix et à cheminer jusqu’au Golgotha vers la victoire de la vie sur la mort par la résurrection. C’est ainsi que 186 missionnaires comboniens de 16 nationalités différentes ont donné une bonne partie de leur vie pour soulager les souffrances du peuple congolais, d’abord en l’aidant à connaitre Jésus le Christ, voie, vérité et vie et à construire son Eglise comme sacrement de salut pour l’humanité, et ensuite en le rendant protagoniste de son développement intégral dans la fidélité au charisme reçu de Comboni de la régénération de l’Afrique par elle-même. Parmi ces 186 missionnaires comboniens qui ont travaillé au Congo depuis 1963, 46 nous ont précédés dans la maison du Père. C’est l’occasion pour nous ici de leur rendre hommage en gardant une minute de silence.

Et le témoignage de foi et de vie consacrée missionnaire de tous ces missionnaires comboniens à toucher et continue à fasciner la jeunesse congolaise. C’est ainsi qu’à ce jour, l’Institut des missionnaires comboniens compte parmi ses membres éparpillés dans le monde 77 congolais, parmi lesquels 37 prêtres (et le prochain sera ordonné dans deux semaines le 26 octobre), 15 frères et 25 scolastiques. Et dans nos maisons de formation nous avons pour cette année formative 2014-2015, 30 propédeutes, 32 postulants prêtres, 11 postulants frères et 17 novices (15 candidats prêtres et 1 candidat frère). Nous rendons grâce à Dieu, Maitre de la moisson, par le fait que le charisme combonien, comme vous pouvez le constater, a trouvé une terre fertile dans le cœur de la jeunesse congolais.

Comme présence et activités missionnaires nous œuvrons dans 8 diocèses du Congo : les diocèses de Beni-Butembo, de Bondo, de Dungu-Doruma, d’Isiro-Niangara, de Kinshasa, de Kisangani, de Kisantu et de Wamba. Dans ces diocèses nous travaillons en étroite collaboration avec l’Eglise locale dans l’Evangélisation (c’est-à-dire en annonçant la Bonne Nouvelle du salut soutenue par des œuvres de promotion humaine dans des paroisses), dans la formation des leaders sociaux et chrétiens (dans des centres catéchétiques et pastoraux, de recherche et de formation intégrale), et dans l’Animation missionnaire (dans le Centre Afriquespoir de Kingabwa-Kinshasa et le centre d’animation missionnaire à Butembo).

Après avoir présenté succinctement les missionnaires comboniens au Congo dans leur identité charismatique et leur présence au Congo, que dire comme mots de la fin, sinon continuer à rendre grâce à Dieu pour l’histoire des 50 ans de notre présence au Congo que nous avons définie comme une histoire de donation et d’espérance. Nous rendons grâce à Dieu pour ces assises du symposium missionnaire que nous avons voulu commencer le jour même de la mémoire dans l’Eglise universelle de St. Daniel Comboni, que le St. Pape Jean-Paul II avait indiqué comme le patron de l’Afrique. Nous lui demandons de nous accompagner durant ces trois jours de réflexion et d’échange missionnaire autour du thème général « Comboni, les Comboniens et les défis de la Mission aujourd’hui ». Que Dieu bénisse ses assises. Que vive la mission évangélisatrice de l’Eglise. Que vive la RDC. Que vivent les MCCJ.

J’ai dit et je vous remercie.

P. Joseph MUMBERE MUSANGA, MCCJ

Supérieur Provincial

Concrétisation des intuitions missionnaires

de Comboni (et d’autres saints fondateurs)

dans l’Eglise locale de la RD Congo

Introduction

Je me sens très honoré d’être invité à ce Symposium où les instituts missionnaires en général et les Comboniens en particulier, sont en train de relire l’histoire de leur engagement missionnaire de 50 ans passées, dans l’Eglise particulière de la République démocratique Congo. Comme Evêque je me sens aussi honoré de prendre la parole pour représenter notre Eglise du Congo et surtout l’Eglise locale de Kinshasa.

Ce Symposium, dans le cadre de votre jubilé d’or, peut bien être aligné à la suite des autres jubilés que l’Eglise et notre pays la RD Congo ont aussi célébrés. Mentionnons ici : le jubilé d’or de la R.D. Congo, il y a trois ans. Le jubilé d’or du concile Vatican II, célébrée l’année passée. Le jubilé d’or du martyr de la bienheureuse Anuarite Nengapeta, avec lequel nous pouvons facilement déduire certains liens avec les Comboniens à Wamba dans le diocèse d’Isiro où ils sont bien présents, le jubilé d’or de vie sacerdotale de notre Archevêque Laurent Cardinal Monsengwo Pasinya et de beaucoup de prêtres et religieuses des divers diocèses et congrégations religieuses. Et cette année nous fêtons le 50ème anniversaire de la publication du décret conciliaire Perfectae caritatis sur le renouveau de la vie consacrée.

Au sein de l’Eglise du Congo (comme les autres), les instituts missionnaires en général et les Comboniens en particuliers, saisissent cette opportunité pour jeter un regard rétrospectif sur l’activité missionnaire qu’ils ont accomplie dans notre pays: selon le Charisme reçu de leur fondateur, St Daniel Comboni.

Le thème qu’on m’a proposé de partager avec vous: «Concrétisation des intuitions missionnaires de Comboni (et d’autres saints fondateurs) dans l’Eglise locale du Congo» est vaste. Sans prétention d’être exhaustif, premièrement, nous allons ensemble revoir la mission Ad Gentes; en deuxième lieu nous allons parcourir les Intuitions missionnaires des fondateurs/trices de certains instituts; en troisième lieu nous allons aborder le thème : L’Eglise du Congo et la mission Ad Gentes aujourd’hui. Enfin, dans la conclusion, nous indiquerons quelques défis de la mission aujourd’hui.

I. Le mandat missionnaire de l’Eglise.

Il est impérieux pour nous, au début de ce symposium, de nous rappeler certaines idées clés sur la mission que notre mère l’Eglise a héritée du Christ. La mission de l’Eglise découle du dessein de Dieu, de la mission du Fils et de l’Esprit Saint. Saint Jean Apôtre, le résume bien dans son évangile au chapitre 3,16, quand il dit : «Dieu a tant aimé le monde ! Il a donné son Fils unique pour que celui qui croit en lui ait la vie éternelle et n’aille pas à sa perte ».

La même mission se succède dans le temps, comme le sang qui coule dans les artères du corps humain. Chaque génération doit en prendre conscience et s’acquitter de ce devoir impérieux. Notons déjà un aspect du charisme Comboniens: l’animation missionnaire qui vise à conscientiser le peuple de Dieu pour la mission Ad Gentes. Les initiatives des ordres et instituts missionnaires s’insèrent dans ces lignées des disciples du Christ qui prennent aux sérieux ces paroles de l’évangile : « Allez donc et faites-moi des disciples de toutes les nations. Vous les baptiserez au nom du Père et du Fils et de l’Esprit Saint, et vous leur enseignerez, pour qu’ils l’observent, tout ce que je vous ai ordonné ». Mt 28,19-20.

Le concile Vatican II, dans le décret sur l’activité missionnaire, réaffirme ce que les écritures disent. Sa raison et sa nécessité sont tirées de la volonté de Dieu, qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il n’y a qu’un seul Dieu, et un seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus-Christ, qui s’est livré en rédemption pour tous » 1Tm 2,4-5 ; « et il n’existe de salut en aucun autre » Ac 4,12 ».

I.1. L’ordre de mission

Après sa résurrection, Jésus-Christ a confié le mandat missionnaire à ses disciples, et plus largement à tous les disciples de tous les temps :

«Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avez vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde» (Mt 28,19-20). « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15).

C’est par ces paroles du Seigneur Jésus Ressuscité, présentes dans la partie conclusive de l’Evangile selon Saint Marc, que débute le temps de la mission de l’Eglise. Elle existe pour évangéliser, pour annoncer toujours et partout la Bonne Nouvelle à tous les hommes de bonne volonté. Le mandat demeure le même, tout comme Jésus Christ et son Evangile est le même « hier, aujourd’hui et à jamais » (He 13,8), alors que les destinataires et les conditions sociales, culturelles, politiques et religieuses dans lesquelles ils vivent changent.

Le mandat missionnaire du Seigneur glorifié, vainqueur du péché et de la mort, a marqué également l’activité de la XIII° Assemblée générale ordinaire du Synode des Evêques » qui s’était tenue au Vatican du 7 au 28 octobre 2012 sur le thème « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ».

En effet, à la suite du Concile Vatican II (en particulier la Constitution dogmatique Lumen Gentium, et le décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise Ad Gentes), l’Eglise a précisé sa doctrine sur l’évangélisation. Les travaux du synode sur la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi s’inscrivent aussi dans l’esprit de deux textes majeurs sur la mission signés par Paul VI en 1975 (Exhortation post-synodale Evangelii nuntiandi) et par Jean-Paul II en 1990 (Encyclique Redemptoris Missio), qui cherchent à relancer l’élan missionnaire et apostolique de l’Eglise en ce début du 3e millénaire.

A travers ce mandat missionnaire, le but de Christ est de former l’Eglise. Jésus va équiper les apôtres pour la mission qu’il leur a confiée. «Mais vous recevrez une puissance, le Saint Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre» (Actes 1,8).
C’est ce qui se produit à la Pentecôte. A partir de ce jour, les apôtres commencent à proclamer la Bonne Nouvelle de l’Évangile.

I.2. La réalisation de l’ordre de mission

De Jérusalem à Antioche. A Jérusalem, l’effort va porter conjointement dans deux directions :

Les apôtres, notamment Pierre, vont s’adresser tout particulièrement aux Juifs en leur annonçant la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ.

Ils vont s’occuper des nouveaux chrétiens en les rassemblant pour les enseigner et vivre les débuts de la vie d’Eglise; les premiers responsables sont désignés.

Dieu va utiliser la persécution pour permettre à l’Évangile d’atteindre également les nations non-juives. Une forte communauté chrétienne multiculturelle s’implante à Antioche.

L’Eglise d’Antioche, poussée par le Saint-Esprit, envoie 2 missionnaires, Barnabas et Paul. Les voyages missionnaires de l’apôtre Paul vont permettre d’implanter de nombreuses Eglises dans l’actuelle Turquie, puis en Europe méditerranéenne. Paul ira jusqu’à Rome.

Partout la même stratégie est mise en œuvre :

1. Implantation : la Bonne Nouvelle de l’Évangile est proclamée par les missionnaires, les nouveaux croyants sont rassemblés en Eglise, les disciples sont formés, et la responsabilité de l’Eglise est déléguée à des anciens.

2. Affermissement: les Eglises sont revisitées pour fortifier la foi des chrétiens, les encourager, les exhorter à s’attacher au Seigneur. La préoccupation de Paul pour ces nouvelles Eglises était constante. C’est pourquoi il leur envoie bon nombre de lettres, ainsi que des collaborateurs pour continuer le travail de consolidation dans divers domaines (foi, structures, etc.).

3. Expansion: l’Eglise devient une base pour la diffusion de l’Évangile. Paul a toujours eu le souci de la multiplication, non seulement en s’adjoignant de nouveaux collaborateurs recrutés dans les Eglises implantées et affermies, mais en enseignant aux Eglises à prendre part à l’évangélisation. C’est ce qu’elles vont faire en répandant l’Évangile dans leur région et en prenant aussi part au soutien économique des missionnaires.

Progression de l’Eglise

La progression de l’Eglise de Jésus-Christ est très rapide. Au 3e siècle après J.-C., des Eglises regroupant des hommes de toute langue, culture, ethnie, classe sociale, sont implantées dans tout le bassin méditerranéen. C’est le résultat de la prédication des apôtres et du témoignage rayonnant des Eglises locales, appuyés par le Saint-Esprit.

En somme, disons que la mission est un envoi. Elle implique une triple relation:

D’abord une relation à laTrinité, puisqu’elle est à l’origine de toute mission;

Ensuite, une relation avec le destinataire, qui est le monde, en vue de l’habitation des trois Personnes Divines dans l’âme de chaque personne;

Enfin, une relation avec le contenu du message. Le Christ est à la fois le message et le messager. Il dispense la charité divine dans l’Eglise et par la médiation de l’Eglise, grâce aux sacrements qu’elle célèbre et à l’enseignement qu’elle prodigue. L’Eglise est ainsi le prolongement visible des missions trinitaires invisibles.

Cette triple relation appelle de la part du missionnaire, une triple humilité, puisque le message le déborde: il ne maîtrise ni sa source ni son accomplissement dans la liberté de chacun.

II. Nouvel Elan Missionnaire/Intuition Missionnaire

des fondateurs

Au 19eme siècle, l’activité missionnaire a connu un nouvel élan. Le déclin colonial du Portugal et de l’Espagne, entraina la libération de l’œuvre missionnaire du patronage royal. Désormais, les activités missionnaires seront réorganisées par la Congrégation de la Propagation de la foi, soutenue par tous les fideles.

Il faut noter une particularité. Plusieurs instituts missionnaires sont nés, avec un seul objectif : Evangéliser l’Afrique. John Baur dans son ouvrage 2000 ans du christianisme en Afrique et Juan Manuel Lozano, La spiritualità dei fondatori, nous donnent des listes bien sélectionnées.

A titre d’exemple nous pouvons citer les congrégations missionnaires suivantes: « les Pères du Saint-Esprit (CSSp), rénovés en 1848 par Libermann; les Pères de Lyon (SMA), fondés par Brésillac en 1856, et les Pères
Blancs (PB) du cardinal Lavigerie, fondés en 1868. À côté d’eux, il y a aussi un grand nombre de congrégations de Sœurs et des communautés sacerdotales … particulièrement consacrées à l’œuvre missionnaire. Parmi elles citons les Oblats de Marie immaculée (OMI) qui sont allés en Afrique australe et les Pères Montfortains (SMM) qui sont allés au Malawi.

Italie: son esprit missionnaire reçut une nouvelle impulsion de la mission Galla (Ethiopie) du cardinal Massaja (1846), de la fondation des Pères de Vérone (MCCJ) par Comboni en 1867; PIME; Pères de la Consolata (IMC) par Allamano en 1901, Xaveriens  par Conforti et autres.

La Belgique envoya en Afrique des Scheutistes (CICM) en 1886 ;

L’Allemagne envoya les Bénédictins de Saint-Ottilien (OSB) en 1887 et les Missionnaires du Verbe divin (SVD) en 1892 ; (…)

Parmi les ordres anciens travaillant en Afrique, les Jésuites (SJ) doivent être mentionnés en premier lieu, suivis des Franciscains (OFM), des Dominicains (OP), des Bénédictins (OSB) et des Lazaristes de saint Vincent de Paul (CM). Ceux-ci furent la première société à réouvrir l’ère de la Mission catholique moderne : grâce à Justin de Jacobis, en 1839 en Éthiopie.

Avec le temps, de nombreuses sociétés se sont engagées directement dans l’activité missionnaire: Rédemptoristes de saint Alphonse de Liguori (1696-1787), Salésiens de saint Jean Bosco (1815- 1888), Pallotins de Vincent Pallotti (1795- 1850). (…) Toutes ces communautés avaient aussi des Frères coadjuteurs comme membres apportant leurs compétences techniques.

Divers Instituts indépendants de Frères enseignants ont été à l’œuvre: les Frères de l’Instruction chrétienne, dits de Ploërmel, de Jean-Marie de La Mennais sont arrivés en Afrique dès 1836 ».

Toutes ces congrégations avaient chacune un charisme, une spiritualité et une méthodologie propre.

L’intuition missionnaire de cardinal Lavigerie, fondateur de Missionnaires d’Afrique : «Soyez apôtres et rien que cela »

Comboni : dira « Sauver l’Afrique par l’Afrique ».

III. Intuition missionnaire de Comboni

Dans la foulée de l’élan missionnaire qu’a connu l’Eglise au 19eme siècle, en Italie du nord, nous trouvons l’engagement missionnaire d’un jeune du diocèse de Vérone, Daniel Comboni. Comme étudiant du collège de l’Abbé Mazza, Comboni a hérité l’esprit missionnaire, plus particulièrement, la ’compassion’ pour le continent Africain.

En 1856, à l’âge de 25 ans, il participe à l’expédition missionnaire organisée par le collège Mazza. Désormais, ce premier contact de la réalité de l’Afrique, scelle un mariage avec l’Afrique. Ce dont il a jusque là entendu parler par le témoignage des autres, devient une réalité. La réalité sociale, politique et religieuse de ce Continent ne le laissera plus indifférent, forme en lui la passion de sa vie.

De son retour en Europe, Comboni se fait défenseur de l’Afrique. Il n’hésite pas à contacter le dicastère de la curie romaine: Propaganda Fide. Des rois, des personnalités influentes de son temps et des communautés chrétiennes de plusieurs pays d’Europe, pour leur parler de l’urgence de s’engager en Afrique, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle. Vite, il écrit un plan et le soumet à son évêque, pour le Concile Vat I. Avec réalisme et confiance dans les Africains, Comboni adopte une méthodologie missionnaire. Il dit « l’Afrique sauvera l’Afrique». Il insiste encore : l’œuvre de l’évangélisation de l’Afrique doit être catholique. Non pas française, italienne, espagnole ou portugaise. Toutes les congrégations doivent y participer. Les Africains eux aussi deviendront de missionnaires et participeront à l’évangélisation de leurs frères et sœurs.  

Soutenu par la spiritualité de Sacré Cœur: Jésus Christ Bon Pasteur, transpercé pour le salut du monde  et donc aussi des Africains! Comboni partira en Egypte et puis au Soudan en 1867 avec un groupe de missionnaires. Il meurt en 1881, en nous laissant ce gage : «ou l’Afrique ou la mort».  Nous pouvons nous poser la question avec les Missionnaires Comboniens qu’avons-nous faits de son plan, 150 ans après ?

Deux autres aspects qui méritent d’être mentionnés, dans l’œuvre de l’évangélisation menée par Comboni : le sens de l’Eglise et la promotion humaine. Contrairement aux explorateurs et aux marchands des esclaves Comboni n’avait qu’un seul idéal: aller en Afrique pour annoncer l’évangile, fonder des communautés chrétiennes qui œuvreront au salut et à la promotion humaine des Africains.

Daniel COMBONI est mort, son corps est enterré d’abord au Soudan, plus tard il est exhumé et enterré en Italie, son âme est au ciel et son esprit est en vous ses fils et filles. Qu’est-ce que vous faites de son esprit missionnaire ?

IV. L’Eglise du Congo et la mission ad gentes

Très souvent, lors de nos assises comme évêques du Congo, quand nous évaluons les œuvres de l’Eglise, nous ne cessons de rendre grâce pour les œuvres de l’évangélisation accomplies par tant d’instituts missionnaire qui ont prêchés la bonne nouvelle dans notre pays.

Nous nous sentons continuellement redevables devant ces témoignages d’amour et le sacrifice consenti pour notre Eglise particulière du Congo. Et nous sentons le devoir de redire, à l’Eglise particulière du Congo et aux missionnaires congolais des différents instituts, les paroles du pape Jean Paul II dans l’encyclique, Redemptoris Missio : « La mission du christ Rédempteur n’a pas encore touché à sa fin. … » (RM 1)

Par leur présence et leur engagement, l’Eglise du Congo passera de l’Eglise qui a reçu l’évangile à l’Eglise qui annonce l’évangile dans d’autre pays du monde. La nature missionnaire qui est propre de l’Eglise sera toujours présente dans l’ordre du jour de nos assises. Par votre présence et engagement missionnaire, l’Eglise du Congo participera à la mission ad gentes ; donnera de notre pauvreté, le personnel et les moyens pour la mission universelle.

Par votre engagement missionnaire l’Eglise du Congo, prouvera sa sollicitude avec les pauvres des Eglises sœurs de notre continent. Par votre engagement missionnaire l’Eglise du Congo participe au combat contre tous les fléaux qui sévissent dans le monde et fait ainsi avancer l’avènement du Royaume de Dieu sur la Terre.

Quelle perspective du futur ?

A chaque tournant de l’histoire de l’humanité l’Eglise notre mère ne cesse de rappeler le devoir impérieux de porter la bonne nouvelle à tout le genre humain, pour que les hommes de chaque époque ne battissent pas la société sans l’Evangile. Très récemment le pape François nous l’a rappelé. Les exemples des éminents fondateurs des vos instituts, nous interpellent encore aujourd’hui et nous invitent à mettre la main à la charrue. Elle est connue et très appréciée par tout la contribution de Missionnaires dans la construction des sociétés.

Conclusion

Nous concluons cette communication en indiquant quatre défis de la mission et du missionnaire. Les trois premiers défis nous viennent de trois objectifs de cette année de la vie consacrée voulue par le Saint Père. Il s’agit du défi de la mémoire, du défi de l’avenir et du défi du présent.

Le 29 novembre 2013, à la fin de la rencontre avec 120 supérieurs généraux d’instituts masculins, dans la salle du synode, au Vatican – qui s’est déroulée dans un climat de joie et de grande spontanéité : le pape François, après avoir répondu à quelques questions, a annoncé que l’année 2015 sera dédiée à la Vie consacrée.

Cette Année de la vie consacrée a été pensée dans le contexte des 50 ans du concile Vatican II, et plus particulièrement du 50è anniversaire de la publication du décret conciliaire Perfectae caritatis, sur le renouveau de la vie consacrée. Nous pouvons considérer que le Concile a représenté un souffle de l’Esprit non seulement pour l’Eglise tout entière, mais peut-être de façon particulière pour la vie consacrée. Nous sommes aussi convaincus qu’au cours de ces 50 ans, la vie consacrée a parcouru un chemin fécond de renouveau, non, certes, sans difficultés et fatigues, dans l’engagement à suivre ce que le Concile a demandé aux consacrés : fidélité au Seigneur, à l’Eglise, au charisme propre, et à l’homme d’aujourd’hui.

Des objectifs pour cette année de la ‘vie consacrée’ qui deviennent comme des défis pour le missionnaire et la mission.

1. Défi de la mémoire

C’est justement parce que nous considérons ces 50 ans qui nous séparent du Concile comme un moment de grâce pour la vie consacrée, parce qu’ils ont été marqués par la présence de l’Esprit qui nous conduit à vivre aussi les faiblesses et les infidélités comme une expérience de la miséricorde, et de l’amour de Dieu, nous voulons que cette Année soit une occasion de « faire mémoire avec gratitude » de ce passé récent. Voilà le premier objectif de l’Année de la vie consacrée.

La vie consacrée, comme le pape François le rappelait lors de la rencontre avec les supérieurs généraux, « est complexe et faite de péché et de grâce ». Pendant cette Année, nous voulons reconnaître et confesser notre faiblesse, mais nous voulons aussi « crier » au monde avec force et avec joie la sainteté et la vitalité présentes dans la vie consacrée. Combien de sainteté, si souvent cachée, mais non moins féconde, dans les monastères, dans les couvents, dans les maisons des consacrés, qui conduit ces hommes et ces femmes à être des « icônes vivantes » du Dieu « trois fois saint ». Cette conviction nous amène à confesser avec l’apôtre que « là où le péché abonde, la grâce surabonde ».

2. Défi de l’avenir

Avec un regard positif sur ce temps de grâce nous voulons – et voilà le deuxième objectif – « embrasser l’avenir avec espérance ». Nous sommes bien conscients que le moment présent est « délicat et pénible », comme Jean-Paul II affirmait dans Vita consecrata (cf. VC 13) et que la crise qui traverse la société et l’Eglise elle-même touche pleinement la vie consacrée. Mais nous voulons assumer cette crise non comme l’antichambre de la mort, mais comme un kairos, une occasion favorable pour la croissance en profondeur et par conséquent, d’espérance, motivée par la certitude que la vie consacrée ne pourra jamais disparaître dans l’Eglise, puisqu’elle « a été voulue par Jésus lui-même comme une partie inamovible de son Eglise ». Face à de nombreux « prophètes de malheur », nous voulons demeurer des hommes et des femmes d’espérance ; une espérance qui ne se fonde pas sur nos « chars » et nos « cavaliers », c’est-à-dire sur nos propres forces, notre nombre, mais sur Celui en qui nous avons placé notre confiance. En Lui, personne ne nous volera notre espérance.

Inscrivez-vous comme congrégation qui a une vision missionnaire pour faire une pastorale d’espérance.

A comparer à d’autres Eglises locales européennes, nous pouvons affirmer que la nôtre est une Eglise jeune et des jeunes. En effet, il y a beaucoup de jeunes et de familles à évangéliser. Nous ne sommes pas dans le contexte d’une Eglise minoritaire et âgée.

Faire un acte d’espérance

Le christianisme dessine une espérance. Alors que pour beaucoup la vie paraît sans issue, le Christ propose un avenir. Le Christ vient saisir de l’intérieur ce qu’il y a de blessé dans le corps de l’Eglise et au cœur de notre humanité, pour y faire jaillir l’espérance. Dieu, Père de toute bonté, ne désespère jamais de l’homme, quel que soit son malheur ou son péché. Dans un contexte de morosité, de désenchantement, de désillusion et en décalage avec tant des discours racoleurs et dépressifs (contexte européen, pas africain), la responsabilité pastorale de l’Eglise est de présenter une catéchèse du salut et une pastorale de l’espérance.

C’est parce que le monde est sauvé par le Christ, que l’espérance est possible, que la transformation de notre monde est la tâche de tout chrétien. La foi authentique refuse de baisser les bras, de maudire le ciel ou d’accuser le frère. « Espérer, c’est s’engager » nous dit Benoît XVI. Tant de croyants entretiennent une conscience malheureuse et douloureuse, comme si Dieu avait déserté notre monde !

Relever le défi de l’espérance, c’est comprendre que Dieu « se dit » dans l’histoire. Il se révèle dans les événements de l’histoire dont le sommet se trouve dans la Pâque du Christ. Le mouvement de l’histoire n’est pas fermé sur lui-même. Dieu, en son Fils, ouvre cette histoire aux réalités dernières. L’histoire devient alors un processus d’enfantement (Rm 8,22-26), vers un Royaume qui nous dépasse.

Inscrire la vie de la communauté chrétienne dans une « vision » d’espérance, c’est recevoir et définir un horizon d’action pour notre mission aujourd’hui. La vision offre une image claire d’un avenir donné par Dieu et à destination d’une communauté chrétienne, pour qu’elle se mobilise. La vision, ce n’est pas la capacité de pressentir le futur, mais de discerner le chemin de croissance de la communauté chrétienne et de ses membres à travers les changements qui s’opèrent dans la société.

Mais il faut dire tout de suite qu’ « Il ne s’agit pas alors d’inventer un « nouveau programme ». Le programme existe déjà : c’est celui de toujours, tiré de l’Evangile et de la Tradition vivante. Il est centré, en dernière analyse, sur le Christ lui-même, qu’il faut connaître, aimer, imiter, pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l’histoire jusqu’à son achèvement dans la Jérusalem céleste. C’est un programme qui ne change pas avec les variations des temps et des cultures, même s’il tient compte du temps et de la culture pour un dialogue vrai et une communication efficace. Il est toutefois nécessaire que ce programme se traduise par des orientations pastorales adaptées aux conditions de chaque communauté. » (Jean-Paul II, Novo Millennio Ineunte, n° 29).

Autant dire que la vision aide à savoir pourquoi l’on agit, et dans quelle direction on va, tous ensemble. C’est parfois regrettable d’avoir à faire à un curé de paroisse sans vision. « Là où il n’y a plus de vision d’avenir, le peuple vit dans le désordre » (Ps 29, 18). En effet, les conflits et la confusion s’instaurent lorsque les raisons d’être ensemble n’ont pas été clarifiées et étayées.

La vision se reçoit dans la prière, à partir du programme de l’Evangile. Il ne s’agit pas de fuir le monde, mais d’accueillir la grâce de Dieu qui nous aide à le redresser.

3. Défi du présent

Cette espérance ne nous dispense pas – et les consacrés en sont bien conscients – de vivre le présent avec passion : troisième objectif de cette Année de la vie consacrée. Qui dit passion dit être amoureux, amitié vraie, communion profonde… C’est de tout cela dont il s’agit lorsque nous parlons de vie consacrée et c’est cela qui fait la beauté de la vie de tant d’hommes et de femmes qui professent les Conseils évangéliques et suivent le Christ « de plus près » dans cet état de vie. L’Année de la vie consacrée sera un moment important pour « évangéliser » sa propre vocation et témoigner de la beauté de la sequela Christi sous les multiples formes dans laquelle notre vie s’exprime. Les consacrés recueillent le témoin laissé par leurs fondateurs et fondatrices respectifs. Poussés aussi par le pape François, ils veulent, en cette Année, « réveiller le monde » par leur témoignage prophétique, en particulier par leur présence dans les périphéries existentielles de la pauvreté et de la pensée, comme le pape François l’a demandé aux supérieurs généraux. 

Les consacrés et les consacrées sont conscients qu’en plus de raconter la grande histoire qu’ils ont écrite dans le passé, ils sont appelés à écrire une histoire non moins belle et non moins grande à l’avenir (cf. VC 110). Tout cela conduira les religieux et les consacrés à continuer le renouveau proposé par le Concile, en fortifiant leur relation avec le Seigneur, la vie fraternelle en communauté, la mission, et en ayant le souci d’une formation adaptée aux défis de notre temps, de façon à « proposer à nouveau avec courage » et avec une « fidélité dynamique » et créative (cf. VC 37) l’expérience de leurs fondateurs et de leurs fondatrices.

4. Défi d’une congrégation « en sortie » missionnaire

Vous avez choisi comme thème de votre Symposium: Comboni, les Combomiens et les défis de la Mission aujourd’hui. Cela vous met en route pour la mission. Que cette route vous conduise à la périphérie comme nous le demande le Pape François. Dans la perspective de la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi, soyez à l’écoute de l’Esprit, qui nous aide à reconnaître, communautairement, les signes des temps. La nouvelle évangélisation appelle chacun et se réalise fondamentalement dans trois domaines.

1. En premier lieu, mentionnons le domaine de la pastorale ordinaire, « animée par le feu de l’Esprit, pour embraser les cœurs des fidèles qui fréquentent régulièrement la Communauté et qui se rassemblent le jour du Seigneur pour se nourrir de sa Parole et du Pain de la vie éternelle ». Il faut aussi inclure dans ce domaine les fidèles qui conservent une foi catholique intense et sincère, en l’exprimant de diverses manières, bien qu’ils ne participent pas fréquemment au culte. Cette pastorale s’oriente vers la croissance des croyants, de telle sorte qu’ils répondent toujours mieux et par toute leur vie à l’amour de Dieu.

2. En second lieu, rappelons le domaine des « personnes baptisées qui pourtant ne vivent pas les exigences du baptême », qui n’ont pas une appartenance cordiale à l’Eglise et ne font plus l’expérience de la consolation de la foi. L’Eglise, en mère toujours attentive, s’engage pour qu’elles vivent une conversion qui leur restitue la joie de la foi et le désir de s’engager avec l’Évangile.

3. Enfin, remarquons que l’évangélisation est essentiellement liée à la proclamation de l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ ou l’ont toujours refusé. Beaucoup d’entre eux cherchent Dieu secrètement, poussés par la nostalgie de son visage. Tous ont le droit de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Eglise ne grandit pas par prosélytisme mais « par attraction » (E.G. n° 14-18).

Soyez des missionnaires « en sortie » pour reprendre une expression chère au Pape François. Dans la Parole de Dieu apparaît constamment ce dynamisme de “la sortie” que Dieu veut provoquer chez les croyants. Abraham accepta l’appel à partir vers une terre nouvelle (cf. Gn 12,1-3). Moïse écouta l’appel de Dieu : « Va, je t’envoie » (Ex 3,10) et fit sortir le peuple vers la terre promise (cf. Ex 3, 17). À Jérémie il dit : « Vers tous ceux à qui je t’enverrai, tu iras» (Jr 1, 7). Aujourd’hui, dans cet “allez ” de Jésus, sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Eglise, et nous sommes tous appelés à cette nouvelle “sortie” missionnaire. Soyez une paroisse missionnaire. Vous discernerez quel est le chemin que le Seigneur demande, mais nous sommes tous invités à accepter cet appel : sortir de notre propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile.

Il s’agit aussi bien de la périphérie géographique (les communautés moins nanties et éloignées de nous), périphérie sociale (l’attention aux personnes âgées abandonnées, aux enfants accusés de sorcellerie, à la brutalité contre les veuves et les orphelins, aux conflits dévastateurs), aux périphéries économiques (penser par exemple à ces petits commerçants, ces pères et mères des familles qui vendent de petites choses pour vivre), périphéries culturelles (ceux qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école comme nous), etc. Soyez une paroisse “en sortie”, c’est-à-dire, une communauté de disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient, célèbrent et fêtent chaque petite victoire, chaque pas en avant dans l’évangélisation.

La célébration du cinquantenaire est un kaïros, temps favorable pour votre vie en tant que missionnaires. C’est l’occasion de vous asseoir pour faire mémoire de tout le bien que le Seigneur a fait à travers tant des moments importants et forts qui sont aujourd’hui votre richesse et votre patrimoine. Reconnaître le chemin parcouru devient aussi un grand défi pour l’avenir et cela oblige à relire le passé et le présent pour vous demander avec sérénité et liberté qu’est-ce que le Seigneur attend de vous et comment devez-vous continuer avec passion votre engagement missionnaire comme Comboniens aujourd’hui.

+Mgr Timothée BODIKA MANSIYAI

Evêque Auxiliaire de Kinshasa

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