Actes du Symposium de Butembo

Actes du Symposium

du 50aire des Martyrs missionnaires et

de l’AD GENTES.

11 décembre 2014

Cathédrale de Butembo

Mot de bienvenue et d’ouverture

pour le jubilé de 50 ans des martyrs missionnaires.

Butembo 11-12-2014

Excellence Mgr. Melchisédech Sikuli Paluku, évêque de Butembo-Beni,

absent pour accueillir le Nonce Apostolique en visite à Beni,

Révérend Monsieur l’Abbé Chrysostome Meny, recteur du Théologat.

Révérend Monsieur l’Abbé Curé de la Cathédrale qui nous accueil.

Messieurs les Abbés

Révérends Pères et Frères, Révérendes Sœurs,

Distingués invités à vos titres et qualités respectifs,

Chers frères et sœurs dans le Christ.

Soyez les bienvenus.

Plusieurs motivations nous sont données pour remercier le Seigneur de la vie et de l’histoire.

Nous sommes ici trois instituts, les Prêtres du Sacré Cœur, l’Ordre des Pères Croisiers, les Missionnaires Comboniens, qui veulent avec vous tous, ici convenus, faire mémoire de nos martyrs missionnaires, dont nous célébrons le jubilé de 50 ans.

Les missionnaires Comboniens clôturent leur jubilé de 50 ans de présence au Congo dans la mémoire de leurs quatre martyrs.

L’Ordre des Pères Croisiers ouvre le jubilé des leurs 24 martyrs.

Les Prêtres du Sacré Cœur ouvrent le jubilé des leurs 28 martyrs et leur érection à province.

Les OPM ouvrent l’année jubilaire du document du Concile Vatican II : Ad Gentes.

Ce matin nous ne voulons pas faire un simple souvenir de ce qui s’est passé il y a cinquante ans, en 1964 pendant la rébellion Muleliste et de Simba. Il ne s’agit pas d’un simple souvenir qu’on retient du passé comme des archives gardées dans un dépôt et qu’aujourd’hui nous le sortons dehors. Mais nous, en suivant les hommes de la Bible et la tradition chrétienne, nous voulons faire mémoire de tous nos martyrs. En sachant que le Mémorial cultuel est un acte vivant de commémoration. C’est-à-dire, dans ce mémorial le passé des événements de 1964 est récupéré et rendu présent surtout pendant le culte, dans la Célébration Eucharistique qui suivra nos conférences.

En effet avec l’avènement de l’expérience de foi d’Israël avant et de Jésus après, ce que nous appelons événement/fait et qui se développe dans l’histoire devient un KAIROS/occasion propice, si intime à la foi elle-même. Dieu ne se manifeste pas dans la nature du rituel dominé par le destin, pour tomber dans la résignation fataliste. Dans la prière de Neuvaine à la bienheureuse Anuarite on dit que « A l’aube de la commémoration du cinquantenaire du martyre de la Bienheureuse Anuarite, la RD Congo est toujours en proie à la violence, à la haine et à la division. Beaucoup de nos frères et sœurs vivent dans l’insécurité, dans la misère et dans la résignation ». En tout cas la foi n’est jamais résignation mais au contraire la foi est principe d’indignation. Alors comme Église nous dévons être les témoins de l’espérance afin que nos frères et sœurs ne demeurent pas dans la résignation. Même dans l’imprévisibilité de la vie humaine, pour l’homme de foi rien n’est sans importance, rien n’est insignifiant dans la vie de tout le monde, car chaque moment, chaque geste, chaque événement est marqué par la Présence de Dieu, la Shekinat de Dieu, qui parle à travers le code de l’incarnation.

L’homme biblique découvre une nouvelle vérité : l’événement humain est le lieu privilégié de la manifestation de Dieu. En effet c’est le commandement nouveau dans lequel et par lequel Dieu nous parle, parle à l’humanité : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Dans les événements de 1964 nos missionnaires martyrs ont fait cause commune avec le peuple congolais et donc ils sont les témoins vivants de ce commandement nouveau à travers lequel Dieu nous parle dans l’aujourd’hui.

C’est une histoire de donation et d’espérance, où il n’y a pas de place pour la résignation.

Alors, l’événement/fait de 1964, le martyr soit des missionnaires de nos trois instituts, soit d’autres prêtres, religieux et religieuses d’autres congrégation tués au nombre de 179, dont 7 prêtres congolais, 1 grand séminariste et la bienheureuse sœur Anuarite et aussi les 29 frères protestants – le martyrs nous fait déjà vivre l’œcuménisme – ne sont pas des événements à ignorer, ou pire encore d’en avoir honte, mais c’est l’événement Kairos/occasion par le quel apprendre le passage de Dieu dans notre histoire, dans l’histoire de notre pays le Congo. A cela il faut ajouter des innombrables laïcs chrétiens. On a parle en tout d’au moins 500.000 victimes.

Nous invitons les autres instituts religieux à faire mémoire eux-aussi de leurs martyrs. En cette année de la vie consacrée le Pape François à désignée un jour, le 26 septembre 2015 qui marquera la mémoire des saints et des martyrs de la vie consacrée. En tout cas le 24 mars, jour du martyr de Mgr. Romero en El Salvador, est désigné chaque année comme journée des martyrs. Depuis deux ans nous le célébrons même ici à Butembo.

Aujourd’hui l’Église fait mémoire de saint Damas 1er Pape, « qui restaura le culte des martyrs et sut les promouvoir avec amour » comme récite la prière de collecte de la messe. Prions le Seigneur afin qu’il nous aide à être fidèles à l’exemple du pape saint Damase à promouvoir avec amour le culte de nos martyrs missionnaires au Congo.

Le courage de tous ces témoins de la foi, oui de la foi, tués par haine à la foi, – car les rebelles étaient endoctrinés par l’idéologie communiste-maoïste athée, – ces témoins de la foi, missionnaires, prêtres, religieux, religieuses, catéchistes et laïcs aussi bien, congolais qu’expatriés, a fait resurgir l’Église du Congo, une Église qui est actuellement la plus importante de l’Afrique tout entière. Nous sommes le fruit de cette abondante semence comme le grain de blé tombé par terre qui ne reste pas seul mais qui porte beaucoup de fruit. « Le sang des martyrs est semence des nouveaux chrétiens », disait déjà Tertullien, un chrétien d’Afrique.

Ainsi en faisant mémoire de la bienheureuse Anuarite – c’est quand même étrange que le 1 décembre, par nos institutions catholiques, écoles, universités, séminaires, n’est pas vécu, mais on a continué la vie comme si rien ne s’était passé, comme si nous n’avons pas à faire mémoire – mais au contraire nous voulons en même temps célébrer l’héroïsme de tous ces témoins de la foi. Et je pense que si nous désirons la canonisation de la bienheureuse Anuarite et pour cela nous prions, cette canonisation ne pourra arriver qu’avec la multitude de tous ces compagnons qui ont lavés leur robe dans le sang de l’Agneau immolé.

La caractéristique de ceux qui croient, qui donnent leur adhésion au Christ Seigneur de l’Histoire, c’est de vivre une mission dans le monde, celle de témoigner les signes d’une Présence amicale/Shekina de Dieu dans l’humanité qui explique la signification du voyage de chaque homme et femme. Le Dieu de la communion nous ne le rencontrons pas dans des espaces et enceintes sacrées mais dans les événements de la multitude des frères et sœurs qui ont été tués par haine à la foi et qui sont, dans la célébration de leur mémoire, pour nous aujourd’hui, le Kairos/occasion propice de la rencontre avec le Dieu des vivants.

Il nous faut approfondir une théologie sur le martyr pour haine à la foi.

Écoutons leur histoire de vie de donation, le témoignage de ceux qui ont fait cause commune avec le peuple congolais, dans les trois conférences qui suivent :

pour les Prêtres du Sacré Cœur le p. Mateus Buss

pour l’Ordre des Pères Croisier le p. Jean-Marie Kighoma

pour les Missionnaires Comboniens le p. Claudino Gomes.

Après la messe, avant la bénédiction, l’Abbé Wambereki Bilongo Jean, directeur diocésain des OPM, nous présentera l’ouverture de l’année jubilaire d’Ad Gentes, le décret du Concile Vatican II sur la mission, promulgué le 7/12/1965

p. Di Vincenzo Trasparano Gaspare

MCCJ au Congo

Les martyrs de 1964, situés dans un contexte sociopolitique et religieux troublé

Introduction :

La rébellion de 1964, déclenché à Kwilu (dans le Bandundu), sous l’instigation de Pierre Mulele n’est qu’une manifestation d’une insatisfaction générale. Insatisfaction qui s’accentue avec Soumialot, qui divise, à la date du 23 juillet, le nord Congo en deux parties. L’Ouest, sous sa propre direction et la partie Est dirigée par Mulele. Cette division n’a fait que préparer la rébellion qui a traversée le Katanga pour arriver à Kisangani.

De jour en jour la situation se compliqua davantage, et en date du 7 septembre, de la même année, en voulant trouver une solution à la crise, on fait de la Province Oriental une République Populaire. Le nom Populaire indique l’influence du régime communiste. Nous ne pouvons pas oublier que nous nous situons dans un contexte de la guerre froide, où la Russie et les Etats-Unis luttent pour la suprématie. Gbenye comme premier ministre et Soumialot comme ministre de la défense, ils s’alignent du coté communiste.

Les étapes qui ont préparé la rébellion :

Lumumba, idole national, président du MNC et premier ministre à partir du 30 Juin 1960 assume, comme autorité, une attitude autocrate et dictatoriale. Face à cette attitude, Mobutu chef de l’armée et Kasa-Vubu président de la République, l’écartent de la scène politique.

Gizenga Antoine, soutenu par les pays communistes et arabes, déclenche à Kisangani la révolte contre Kasa-Vubu et Mobutu.

Gbenye Christophe, successeur de Lumumba à la tête du MNC, fuit à l’étranger où il fonde le CNL – Comité National de la Libération…

N.B. Dans un premier moment la rébellion s’oppose au gouvernement central et elle prétend concrétiser l’idéal de Lumumba.

Entre les années 1960 et 1964, petit à petit on prend conscience que les idéaux proclamés au moment de l’Indépendance ne se sont pas concrétisés. Seule la minorité gouvernementale s’enrichit ; la majorité du peuple glisse vers la pauvreté extrême, à tel point qu’en 1964 le pays se trouve au bord de la ruine.

A la place de Lumumba s’est organisé l’A.P.L. – Armé Populaire de la Libération, dirigée par le général Nicolas Olenga qui, à la date du 10 août 1964, au moment d’un rassemblement populaire, proclame ceci : « Patrice Emery Lumumba a dit, j’ai voulu vous offrir l’indépendance. On m’a empêché. Voici que 4 ans après ma mort viendra un autre plus fort que moi. Maintenant ces 4 années se sont passées… ». Applaudissements, bruits et ovation générale.

Les objectifs proposés par Olenga pour l’APL :

Nettoyage : Ecarter du Gouvernement tous les partisans de Kasa-Vubu et les colonisateurs (policiers, soldats, enseignants et les blancs).

Après cette opération de nettoyage, dit-il, le chemin sera ouvert à Gbenye – successeur de Lumumba pour concrétiser son idéal.

Dans un premier moment le mouvement simba ne s’oppose pas aux blancs. A vrai dire, les dirigeants de la rébellion ont étudié dans nos écoles catholiques. Ils fréquentaient les sacrements et demandaient des intentions de messe d’action de grâce. L’opposition violente est devenue une réalité seulement quand les simbas ont remarqué l’opposition européenne, et après avoir reçu l’endoctrinement communiste et arabe.

Gbenye, chef de la MNC et successeur de Lumumba, en instaurant la République populaire du Congo s’autoproclame président. La Population, vivant dans la misère extrême et face aux promesses, l’acclame dans la joie avec le dicton : « Tata ayei, nzala esili ». Néanmoins, tout est à faire dans cette nouvelle république. Comme il ne réussit pas, l’armée populaire vient au secours. La confusion se généralise. Le journal « Le Martyr », en référence à Lumumba et en essayant de consoler le peuple, proclame et promet à tout le peuple les droits humains. La rébellion veut apporter la vraie Indépendance, comme Lumumba l’avait conçu.

Le gouvernement Gbenye s’oppose au gouvernement de Kasa-Vubu et Tshombe. La haine suscitée par le mouvement « Nettoyage », préconisée par Olenga avait déjà éliminé la majorité des dirigeants légaux. Seulement à Kisangani, on avait déjà éliminé plus de 450 autorités.

A partir du 27 octobre la violence ne faisait qu’augmenter. Tous les citoyens belges et américains ont été emprisonnés comme otages et menacés d’exécution. Avec cette opération la rébellion s’engage dans le pire. Le 15 novembre, en semant la terreur, la République parle du projet machiavélique de tuer tous les blancs et les missionnaires. Cette opération s’est concrétisée 9 jours plus tard, le 24 novembre.

L’idéologie qui anime la rébellion.

La grande question c’est de savoir qu’est-ce qui se trouve à la base de la rébellion qui a fait des milliers des victimes… ? Il s’agit avant tout d’un mouvement de retour aux origines. Le retour à l’authenticité et aux pratiques païennes, voir toutes les croyances auxquels le mouvement simba se soumet et qui sème partout la peur et le « respect ». L’exemple concret est celui du jour où les simbas sont entrés dans la ville de Kisangani. Ils étaient autour de 500, brandissant des branches, torses nues et lançant des cris sauvages, à partir de Wanya Rukula (60km de Kisangani). Et à ce même moment, il y avait une légion de trois mille militaires bien armés, dans cette partie du pays, environnant Kisangani! Mais ils ont tous pris fuite sans donner aucun coup de fusil… Fuite qui s’explique à partir de la croyance de l’invulnérabilité acquise à partir des onctions reçues des mufumu et nganga, qui les font marcher sur l’ennemi sans rien craindre. A partir de l’influence des mufumu (féticheurs) et de la drogue, on se croit invulnérable. Pour vaincre dans une situation contraignante il suffit tout simplement de crier : maji ou maji Lumumba. A partir d’une force magique on remportait la victoire.

Depuis le commencement, la rébellion a voulu être quelque chose d’autochtone, avant l’aversion au catholicisme et aux missionnaires, puis à tout ce qui est modernité. Les chrétiens vrais, face à cette avalanche païenne ont été maltraités ou tués. A Babonde, par exemple, selon le témoignage du père Bernard Hams, les rebelles ont sonné, un matin, la cloche de l’église et tous les chrétiens qui ont répondu à l’appel de la cloche ont été simplement abattus. Même à Kisangani le 20 août un curé désolé dit ceci : « On a abattu tous mes meilleurs chrétiens… » On comprend que face à cette menace, les chrétiens se sont camouflés parce qu’ils ne pouvaient plus témoigner publiquement de leur identité.

Le massacre du 24/11/64 à Stanley-ville

Depuis le mois d’août 1964, les missionnaires rassemblés pour la retraite au petit séminaire de Mandombe ont été menacés de mort. Petit à petit tous les missionnaires qui vivaient dans les communautés de campagne ont été amenés à Kisangani. Ils étaient à la Procure, au nombre de 74. Tous menacés d’une mort imminente. Heureusement que les parachutistes belges les ont régatés. Mais ceux qui se trouvaient à la rive gauche en provenance d’Ubundu et de Yanonge, ont été atrocement abattus au moment de l’opération des parachutistes. Ils sont passés pour des boucs émissaires à cause des incursions des parachutistes à Ubundu et même à la Rive gauche.

Depuis Ubundu le 24 Novembre 1964 les missionnaires, soumis à toutes sortes de méchancetés et d’humiliations, arrivent par train à Kisangani – rive gauche – où ils sont jetés en prison. Avec la descente des parachutistes, l’opération massacre à commencé. Heureusement les parachutistes sont arrivés à temps à la procure. A la rive gauche l’opération des parachutistes n’a pas été possible à cause de la résistance rebelle. On a abandonné les missionnaires à leur propre sort. Les pères jetés en prison et les sœurs gardées dans une salle où elles sont violées et humiliées.

Après avoir subi toutes sortes d’humiliations on les assomme l’un après l’autre. Les témoins de ces événements sont les 3 frères SCJ congolais qui, par un coup de grâce ont été épargnés. Ceux-ci ont reçu la charge d’enlever les corps du lieu pour les jeter au fleuve. Il faisait déjà nuit et l’opération à été laissé pour le jour suivant. Mais le lendemain, à cause des bombardements belges, ils n’ont pas pu continuer cette opération commencée. Miraculeusement un d’entre les abattus, le père Schuster, grièvement blessé et simulant le mort a pu échapper pendant la nuit. Il s’est caché dans un champ de maniocs pendant trois jours.

A la fin de novembre les missionnaires des Paroisses de Losoko et Banalia ont connu le même sort et le même destin.

Les Atrocités perpétrées au diocèse de Wamba

Les rebelles entrent à Wamba le 15 août en semant partout la terreur. Toutes les autorités civiles ont été tuées avec cruauté, éliminées à l’ex de ce qui a été fait à Kisangani et à Lowa. Le 17 août, le leader de la rébellion rassemble les missionnaires à Bafwabaka en leur disant ceci : « Nous menons une lutte contre les autorités gouvernementales qui exploitent notre peuple. A vous, nous disons de continuer à enseigner, à soigner les malades et à présider le culte… Il ne faut héberger aucune autorité civile. N’ayez rien à craindre. » Mais malgré ces paroles, on fait venir à Wamba les missionnaires pour montrer la mort de toutes les autorités civiles.

Le 3 novembre, à Mambasa, on tue le Père Bernard Longo, scj. Et la terreur se répand partout. A Bukavu les mercenaires américains et sud–africains attaquent les rebelles. Ceci a été le mobil avancé pour faire arrêter tous les missionnaires et les amenés a Wamba. Soumis à toutes sortes de violences, tous ont été jetés en prison. L’évêque, parce qu’autorité, a été brutalisé plus que tous les autres.

Le 26 novembre, des hélicoptères survolent Wamba en direction d’Isiro pour une opération des parachutistes. Cette opération à couté la vie à l’évêque (Mgr Wittebols), 7 confrères et 16 civils. Tous les autres 104 prisonniers ont été amenés à Mungbere pour être abattus. Heureusement, pour eux, ils ont été libérés par les mercenaires.

Les Martyrs de Bafwasende

Toujours avec la descente des parachutistes belges, les missionnaires d’Avakubi, Bomili, Batama, Bafwasende ont été mis en prison et abattus le 27 novembre. Ceux d’Opienge, Père Strijboch et Miss Davis ont été épargnés parce que le commandant, ayant volé 49000 Fr. congolais à la mission, et content de cette somme, a provoqué un accident de la voiture qui devait les amener pour l’holocauste à Bafwasende. Le Père Strijboch, dans un premier moment, a aussi été compté parmi les morts, mais il a pu échapper à cause de cet accident simulé par le commandant. Il a souffert, néanmoins, entre les mains des rebelles pendant 3 ans comme otage de guerre. Il vaguait avec eux dans la forêt ; pendant tout ce temps.

Ainsi donc, parmi tous ces martyrs expatriés, nous comptons 28 religieux (frères et prêtres) de la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur de Jésus, tués entre le 3 et le 27 novembre 1964, dans différents milieux de la Province Orientale.

Les missionnaires autochtones

Comme les missionnaires expatriés, les autochtones, eux aussi, ont enduré avec égal amour et foi la souffrance et la mort. Il nous suffit de contempler le plus merveilleux témoignage que nous laissent la sœur Clémentine Anoalite Nengapeta et ses consœurs de la congrégation de la Sainte famille.

P. Mateus BUSS

scj

Cinquante ans du martyre

des Pères et Frères Croisiers de Bondo

Un mot sur l’Ordre de la Sainte Croix (Croisiers)

Fondé en 1210, par un Théodore de Celles (1166 – 1234), Chanoine de la cathédrale de Liège en Belgique francophone, l’Ordre de la Sainte Croix en tant qu’Ordre canonical réunissait un groupe de gens qui voulaient vivre ensemble et offrir leur vie communautaire et fraternelle en témoignage à l’entourage dans une société où le clergé adonné à la vie facile et licencieuse.

Théodore et ses quatre premiers compagnons , à partir de Clair-lieu, à la porte de Huy, entendaient éditer en plein contexte de réforme grégorienne un style de vie religieuse qui parle aux gens. Ils choisirent la croix, symbole de l’amour du Christ comme source d’inspiration. Ayant reçu l’approbation du pape Innocent IV en 1248, l’Ordre de la sainte Croix va vite se développer en Belgique, Pays-Bas, Allemagne, France, écosse et Angleterre. Il subit aussi les vicissitudes de l’histoire, tels les moments durs du temps du schisme au 14e siècle et surtout de la Réforme protestante qui lui fit perdre un grand nombre des couvents dans les pays passés au protestantisme, en Angleterre et en Allemagne avant de recevoir le coup presque mortel celui de la révolution française où il était menacé de disparition.

En 1840, seuls deux couvents subsistaient peuplés tous les deux de 5 confrères, sans autorisation de recrutement des nouveaux candidats.

C’est sous l’impulsion d’une recrue, Henricus van den Wijmelenberg, un prêtre diocésain que l’Ordre va redémarrer après la levée de la mesure contre le recrutement. Dans le sillage de la reprise du travail missionnaire du 19e siècle, dans les pays d’outre -mer, sous la houlette de la Propaganda Fide, l’Ordre de la Sainte Croix, a accepté des missions. Après les tentatives du 19e s faites dans l’île de Curaçao et en Amérique du Nord dans l’Etat de Wisconsin, l’Ordre revient aux USA, cette-fois-ci dans l’Etat de Minnessota, à Onemia en 1910. Puis, sur invitation du cardinal Willem van Rossum, alors Préfet de la Propaganda Fide et cardinal protecteur de l’ Ordre de la Sainte Croix, au Congo-belge, dans le Bas-Uélé en 1920.

Les Croisiers prennent aux Prémontrés la partie Nord de leur préfecture apostolique de l’Uélé occidental (actuellement le diocèse de Buta). Ils s’établissent dans l’actuel diocèse de Bondo. Plus tard en 1926, ils prendront une mission dans l’ile de Java en Indonésie (actuel diocèse de Bandung) et depuis 1934 au Brésil. Au Congo belge, l’Ordre était occupé surtout par le travail missionnaire, l’instruction pontificale ayant dans un premier temps interdit aux familles religieuses de recruter des candidats autochtones. Il fallait qu’elles s’attellent à former le clergé local.

Depuis 1932, dans sa première réunion avec les Ordinaires des missions au Congo Belge et au Rwanda Urundi, le Délégué apostolique, Mgr Dellepiane il fut décidé entr’autres de procéder à la fondation des congrégations pour les autochtones. Pour matérialiser cette instruction, Mgr Frédéric Blessing, premier vicaire apostolique de Bondo, mais 2e préfet, après Matthieu Konings décédé en 1929, fonde 2 congrégations autochtones à Bondo , les frères de la Sainte-Croix et les Sœurs. En novembre 1959, en même temps que plusieurs vicariats apostoliques du Congo belge, le vicariat de Bondo accède au statut de diocèse et Mgr André Creemers, vicaire apostolique devient évêque résidentiel de Bondo. Il exercera cette charge jusque 1969, année de sa démission pour être remplacé par Mgr Bikanye, qui aura comme successeurs, Baba Ngoa, ensuite Philippe Nkierre et aujourd’hui Mgr Etienne.

Le diocèse de Bondo, situé entre le 22° et le 27° latitude nord mesure 75000 km2 a une faible densité. En 1965, il comptait 11 paroisses (Ndukula, Bondo, Bili, Monga, Ango, Dakwa, Baye, Api, Mbuma, Digba, Lobi). Et jusqu’à cette même année, donc dans 45 ans l’Ordre de la Sainte Croix ( osc) avait envoyé au total 96 missionnaires. De ce nombre 23 missionnaires croisiers ont été tués dans les événements tragiques de 1964-1965. Ils ont été tués avec 7 Frères de Saint Gabriel qui travaillaient dans l’enseignement dans le diocèse de Bondo et 3 pères Capucins qui travaillaient dans le diocèse voisin de Molegbe ( en province d’Equateur). Les 2 premières victimes de l’OSC périssaient à Dakwa le 25 novembre 1964 avec une sœur missionnaire des Ursulines de Hasselt. Le nombre est donc de 34 dont 23 croisiers. Comme le père Jan Smith, croisier, venait de perdre la vie comme martyr, en janvier 1965 à Agats dans l’est de l’Indonésie, nous avons coutume de l’associer aux 23 de Bondo d’où 24 martyrs. Martyre des missionnaires au Congo y’ a-t-il des causes des de leur massacre ? La fête de l’indépendance célébrée le 30 juin avait été de courte durée car des événements douloureux vont jeter le jeune Etat dans le chaos. Ce furent d’abord : la mutinerie de la Force Publique( le 5 juillet , les sécessions katangaise ( le11 juillet) et kasaïnne (le 8 août). Suivent le premier coup d’Etat de Mobutu et l’assassinat du premier ministre Lumumba en janvier 1961. D’autres événements encore, la rébellion et toutes les tentatives de libération du pays ont dominé le paysage politique du pays pendant les 5 premières années avant le 2e coup d’Etat de Mobutu qui a été suivi d’un temps d’accalmie. Déjà en juillet certains militaires congolais se sont livrés aux premiers sévices contre la population européenne du Bas-Congo, notamment le viol des plusieurs femmes dans le territoire de Madimba. Le 7 juillet l’ambassadeur belge van Den Bosch fait évacuer les femmes et enfants de Thysville. A Luluabourg (Kananga) on a eu aussi le 9 juillet des viols des femmes blanches, des troubles entre soldats congolais et officiers belges qui ont obligé la population européenne à se réfugier vers l’immokasaï et à organiser elle-même sa protection tout en continuant à alarmer et à faire appel aux troupes de Kamina, restée une base militaire belge au Congo. Le même lundi 11 juillet a été proclamée l’indépendance du Katanga. Cette sécession a été suivie de l’intervention des troupes métropolitaines dans le Katanga qui a facilité la formation de la gendarmerie katangaise. La gestion du jeune Etat congolais s’était révélée difficile. L’intervention de l’Onu n’avait pu venir à bout des dissensions. Tout cela s’accompagnaient des les violences contre les missionnaires. Il est difficile d’attribuer totalement ces violences à l’impérialisme occidental. Comment expliquerait-on les violences aux congolais. On ne doit pas passer sous silence le fait que, pendant ce déchainement, les bourreaux ont parfois fait entendre leur haine aux ‘blancs’. Dans la suite, la Belgique a pu collaborer avec le gouvernement central, après un temps d’étroite collaboration avec Tsombé. La rébellion a été fortement teintée de xénophobie et les missionnaires avaient été assimilés aux politiques belges ou américains, ou du moins à leurs collaborateurs. Bien sûr, comme nous venons de le dire, des autochtones ont été aussi tués en grand nombre. On ne saurait pas exclure totalement la thèse qui fait intervenir le conflit entre le bloc communiste et le monde occidental à l’époque.

Le cas du Diocèse de Bondo.

Les événements tragiques avaient déjà commencé en 1960 au Kasai occidental, et à Kisangani. Depuis le 1er janvier 1962, les rebelles avaient tué les missionnaires spiritains à Kongolo. Ailleurs aussi les mêmes tragédies avaient dominé les chroniques. Le Bas-Uéle, en Province Orientale, devait connaître son tour plus tard. L’année 1964 a particulièrement été tragique pour les missionnaires de la Province Orientale. Jusque le 7 août 1964, le Diocèse de Bondo n’était pas encore touché lorsque en ce jour, les responsables européens et congolais arrivent à Bondo, en fuite. Les Missionnaires Croisiers, les frères de Saint Gabriel et les sœurs de Berlaar décident alors d’attendre le dénouement de la situation sur place. Les événements ne tarderont d’envahir la partie orientale du Diocèse, Ango et Dakwa, à mi aout. Les tribunaux populaires s’organisent dans certains endroits. Dans ces tribunaux, on devait demander à la population si elle était pour ou contre les missionnaires et certains autochtones. En pareille circonstances seul le témoignage favorable offert par les autochtones pouvaient livrer les inculpés. Ce fut le cas à Monga où les missionnaires Croisiers eurent la vie sauve grâce au témoignage favorable des habitants. Les missionnaires de Bondo savaient été arrêtés pour la première fois le 25 aout 1964. Trois jours plus tard on assistait, à Ango, on assistait au massacre des premiers autochtones. Le 3 septembre suivant à Kisangani, le général Olenga annonce que tous les blancs devraient être pris en otage pour leur contravention. Ils étaient accusés d’avoir facilité l’action de l’armée nationale contre la faction rebelle. Moïse Tsombé, devenu Premier ministre de la République, après les troubles politiques dont il était l’instigateur à partir de Elisabethville, (Lubumbashi), était en route pour la conférence à Addis-Abeba et le même jour, Christophe Gbenye s’autoproclame président de la République populaire du Congo, basée à Kisangani.

Le massacre des noirs continuait. Le 14 septembre suivant un ordre fut donné que tous les mercenaires devaient être arrêtés. Il y eut un malentendu. On crut qu’il s’agissait des missionnaires. C’est ainsi que les missionnaires furent arrêtés et les postes de mission pillés.

Le 18 septembre, consécutivement à cet ordre de septembre, tous les missionnaires (les prêtres, les frères et les soeurs) de la région de Bondo et Baye sont amenés à Buta puis transférés à Stanleyville où ils arrivent deux jours plus tard. Leur séjour à Stanleyville sera court, ils pourront retourner vers Bondo. Les missionnaires de la partie occidentale du Diocèse de Bondo et les 3 Capucins de Molegbe s’étaient arrêtés à Buta. Par contre, le protestant Dr Carlson devra continuer seul sa route vers Stanleyville. Le 24 septembre le groupe des missionnaires de Bondo pouvaient poursuivre sa route vers Bondo où ils le groupe de Monga , Baye et Lobi et les trois Capucins le suivront. Le 20 octobre le groupe qui sera tué à Buta était au complet. Avec les Soeurs, ils étaient tous pris en otage. Gbenye, Président autoproclamé, rend visite dans différentes localités du Bas- Uélé . A Bondo où il se trouve, le 17 octobre, il tient un discours à Bondo dont la phraséologie était manifestement hostile aux américains, aux belges et aux missionnaires européens. Comme l’armée nationale s’approchai tde Stanleyville, les troubles s’intensifièrent, notamment l’attaque des missionnaires (Prêtres et sœurs) par les Simba. Ce fut le cas à Dakwa à partir du 12 novembre 1964. Les pères avaient été déshabillés, dépouillés de tout. Ils furent conduits vers Ango. Le 22 novembre un message radiophonique demandait aux Simba d’arrêter tous les américains sans exception et de les ramener à Stanleyville. L’atterrissage des para commando belges à Stanleyville le 24 novembre permit la libération des centaines des otages tout comme le massacre d’une dizaine d’autres. Parmi ceux-ci le Dr Carlson.

Par ailleurs cet atterrissage fut accompagné de l’appel à tuer tous les blancs. C’est ainsi que le 25 novembre les Pères Croisiers Willem Van Wetten et Arnold Vervoort ; la soeur Marguerite Bradly (anglaise) ursuline de Hasselt et le commerçant portugais Nunes ont péri près de la rivière Bima. Le même jour, la localité de Buta était libérée par les soldats nationaux sous la conduite des mercenaires et les Européens qui y séjournaient avaient pu être évacués. Parmi eux les Pères Croisiers Pol Carremans et les frère Egbert Mensik et Léonard Rooyakkers. Les autres missionnaires à Bondo devaient donner tout leur argent pour payer les rebelles. En début décembre, le 4, les missionnaires qui étaient encore à Ango, étaient libérés par les mercenaires et pouvaient partir vers l’Europe. C’est ainsi que 14 ursulines congolaises en formation atterrissent à Bruxelles et vont s’installer dans leur couvent à Ans au nord de Liège. Les mercenaires avaient pris la direction du nord à partir de Buta pour Isiro et Niangara et pouvaient délivrer beaucoup d’Européens à leur passage. Ils ne pouvaient malheureusement pas délivrer Bondo, situé au nord- ouest de Buta. C’est seulement au mois de mai 1965 que la section des soldats venus de Yakoma (Equateur) prit la route vers Bondo. En ce moment les missionnaires en otage à Bondo étaient déjà embarqués vers Buta depuis le 19 décembre 1964. Le départ des missionnaires de Bondo, après un temps d’emprisonnement à Bondo même, se fit via Likati vers Buta. Les sœurs du Sacré Coeur de Marie (Soeurs de Berlaar) suivaient peu après.

A Buta, les Missionnaires Croisiers, Capucins et les frères de saint Gabriel sont restés dans la maison des Prémontrés et les Frères Maristes, libérés depuis longtemps et donc partis vers l’Europe. Les Sœurs de Berlaar dans le couvent de leur consœurs à Buta.

A l’arrivée d’un groupe de bandit venu de Stanleyville, étonné de voir encore les pères et sœurs européens, le colonel Makondo, qui gardait les missionnaires à Bondo depuis le 31 octobre 64 et les avaient conduits à Buta, .- Celui-ci s’était déclaré assurer la protection des missionnaires — déclara à tous le rebelles sous son ordre qu’il ne tolérerait entendre qu’un rebelle a touché aux missionnaires et même aux les religieuses congolaises. Le 9 mars 1965, les missionnaires sont obligés de livrer leurs pièces d’identité à un monsieur qui s’était présenté comme envoyé du colonel Olenga. A partir de ce temps les religieuses congolaises avaient eu écho que les missionnaires, les pères et les frères allaient être tués, mais elles n’avaient pas osé le dire à leurs consoeurs européennes pour ne pas les troubler.

En avril, le 25, Christophe Gbenye rend visite aux pères et soeurs et remercie le colonel Makondo de les avoir protégés, mais 2 jours plus tard on apprit d’une religieuse congolaise qu’il aurait déclaré qu’il aimerait les voir fusillés. Le 23 mai 1965, la frontière entre la République Centre- Africaine et la République Démocratique du Congo fut fermée. Les missionnaires croisiers et une religieuse qui voulaient revenir à Bondo sont obligés de retourner en Europe. Il s’agissait de Vissers, Waldram,frère Marcel et soeur Paula. Le 29 on arrache aux pères les lunettes et montres. Ils doivent subir deux inspections durant lesquels ils doivent se déshabiller.

Vers minuit, on amène vers les missionnaires Mgr Jaques Mbali de Buta, accusé d’avoir protéger les missionnaires et d’avoir donné des informations à l’armée congolaise. Les opérations avaient repris dans la région de Buta. Les pères comprirent qu’ils s’attendaient au pire. Le colonel Makondo le soi-disant protecteur des missionnaires pris en otage, parti entre temps à Titulé, ordonne par téléphone de tuer tous les missionnaires hommes. Les sœurs en compagnie des deux dames européennes et deux fillettes devaient être amenées dans la brousse. On fit savoir à Mgr Mbali et aux sœurs congolaises l’ordre du massacre imminent. . A 15h les religieuses congolaises aperçoivent encore les pères et vers 17h les missionnaires sont emmenés dehors, à pieds nus, malmenés. On les a amenés à plus ou moins 300m au bord de la Rubi où ils périrent par les lances, les flèches et les machettes.

Leur corps ont été jetés dans la rivière Rubi qui traverse Buta. Ceux qui donnaient encore signe de vie devaient recevoir le coup de grâce.

Seul le corps d’un frère de st Gabriel sera retrouvé sur le rivage. Pour prouver aux sœurs qu’il y a eu réellement massacre, un simba leur amena dans la maison où elles étaient enfermées une jambe d’un missionnaire. Elles devaient la touchent et vénérer comme une relique.

Avant le drame, le colonel Makondo avait reçu la visite de deux journalistes égyptiens. On suppose qu’ils auraient conseillé Makondo d’en finir avec les missionnaires, considérés comme les agents de l’impérialisme occidental.

Conclusion

Les pères, les frères, les religieuses ont vécu pendant plus de six mois comme otages, dans la dépendance par rapport à la volonté des rebelles. Pauvres, ils n’avaient aucun pouvoir entre leurs mains. Une condition sans défense et parfois entachée des menaces. Pendant ce temps ils ont assumé une existence désarmée pour le bien de leurs ouailles. Les témoignages de sœur Paula et de certains missionnaires montrent qu’ils ne voulaient pas laisser le peuple qui leur était confié. Notre conviction est comme l’a dit le Père Provincial, André Rammaekers, dans son homélie lors de la commémoration des Martyrs à Diest en 1965 : ils ont été martyrs de la conscience de leur devoir.

Il nous appartient, et surtout aux jeunes Croisiers congolais, aux générations des Congolais de continuer à recueillir la mémoire de nos martyrs et témoins de foi. Et comme l’a dit le Pape Jean-Paul II dans la bulle d’indiction du grand jubilé de 2000, n° 13 : « A l’admiration à porter au martyr des témoins du 20e siècle il faut que) se joigne dans le cœur de fidèles le désir de pouvoir , avec la grâce de Dieu suivre leur exemple si les circonstances l’exigent ». Du moins dans notre vie quotidienne où nous sommes appelés à rendre témoignage, que ce désir se nourrisse de leur exemple, mais aussi de la réflexion sur leur exemple. Que les jeunes Croisiers Congolais soient à mesure d’entretenir la flamme de foi, d’amour et d’espérance qu’ils ont portée dans le don qu’ils ont fait de leur vie. Le prieuré de Mulo qui abrite la maison de formation (noviciat et philosophât) porte le nom de ‘Chipukizi’, ce qui en Kiswahihili, veut dire ‘bourgeon’. Ceux qui ont choisi cette appellation avaient pensé à un bourgeon qui repousse petitement sur le grand arbre, abattu à Buta le 30 mai 1965.

Références :

1. LANTIN A,osc, Gedenkboek voor vierentwintig Bloedgetuigen van de Kruisheren-Ordre in de Missielanden Kongo en Irian Barat, Lichtland-Diest, 1966.

2. De l’ARBRE Luc, Ils étaient tous fidèles. Nos martyrs et les témoins de l’amour en République Démocratique du Congo, 2005.

p. Jean-Marie Kighoma

osc

LES MARTYRES COMBONIENS

DANS LA REBELLION/REVOLUTION MULELISTE

DE 1964-65

Introduction

« La célébration du cinquantenaire c’est un moment important pour votre vie en tant que missionnaires.

« Que cela devienne une année qui vous aide à faire mémoire de tout le bien le Seigneur a fait à travers tant de moments importants et forts qui sont aujourd’hui votre richesse et votre patrimoine ».(P. Enrique Sanchez, Supérieur Général des M. Comboniens).

La conscience du besoin et donc du devoir de garder la mémoire et pour enfin pouvoir faire mémoire s’est accrue au pas des temps, chez les Missionnaires Comboniens œuvrant au Congo. Le Conseil Provincial s’en est fait l’écho critique, en 2006 : « Nous remarquons qu’un des points faibles de notre vie est la perte de la Tradition vivante de l’Institut, représentée par notre histoire, qui est histoire sainte ; et surtout par les personnes significatives qui ont incarné notre charisme. Le CP pense qu’il est important de conserver notre mémoire…» (CP 3/2006).

La Direction Générale de l’Institut a abondé dans le même sens il y a peu de temps, en 2102 : « Chaque Province est invitée … à assurer la récupération de la mémoire, à publier l’histoire de chaque circonscription, à faire mémoire des confrères dont nous gardons un souvenir significatif, des traces édifiantes, des exemples de vie missionnaire que l’on ne doit pas laisser tomber dans l’oubli » (Lettre après l’Assemblée Intercapitulaire 2012).

Le Provincial actuel, le Congolais P. Joseph Mumbere, qui rappelle ces textes officiels dans sa préface au livre de l’histoire des Comboniens au Congo – Comboniens en RD Congo. 50 ans. Editions Afriquespoir, affirme encore : « nous ne devons pas oublier notre passé, le passé de notre famille religieuse et des annonciateurs de l’Evangile qui nous ont précédés. Seulement le souvenir fidèle du passé peut assurer la bonne orientation de l’avenir » (pg 3).

L’Eglise qui vit en RD Congo semble ne pas beaucoup ressentir le grave manque d’autoconsicence de son histoire et très concrètement de ce qui s’est passé voilà cinquante ans (au Congo, on ne connait pas un ‘mémorial’ de toutes ces victimes…), pour en dégager les conséquences dans son vivre comme Peuple Prophétique de Dieu dans cette grande nation. Il est nécessaire qu’elle le fasse pour qu’une vrai réconciliation avienne entre elle et le Peuple Congolais, tout comme entre les chrétiens congolais et les églises dont étaient originaires les missionnaires qui, comme et en même temps que la Bienheureuse Anoalite Nengapeta Marie Clémentine, ont été tués à cause de leur consécration à l’Evangile de la Vie et de la Paix.

Ce que nous faisons ici c’est précisément : regarder l’Histoire pour voir ce qui s’est passé il y a 50 ans, quand plus de eux centaines de missionnaires chrétiens pour la plupart catholiques mais des protestants aussi, notamment des couples missionnaires, se sont trouvés dans la tempête de la rébellion Muléliste. Ce faisant nous voulons aussi regarder comment ces jours de souffrance contiennent es indications providentielles pour notre présent et pour œuvrer en prophètes et en artisans de Paix, de Justice et de Joie dans l’Esprit Saint, qui sont les traits d’identification du Royaume de Dieu en notre terre (cf Rom 14, 17).

Or, il y exactement cinquante ans les peuples et l’Eglise Catholique dans le Pays vivaient des moments parmi les plus tragiques, dont ni le pays ni l’Eglise sont encore guéris. C’était la rébellion/révolution Muléliste de 1964-1965, la rébellion des SIMBA,celle qui, aux dires du Recteur de l’Université de l’Uélé, P. Roger Gaise, a constitué « un des événements les plus sombres de l’Histoire récente du Congo ».

IL Y A CINQUANTE ANS :

LA REBELLION/REVOLUTION MAOISTE-MULELISTE

L’Université de l’Uele, fondée et orientée par les Pères Dominicains à Isiro, a organisé, du 27 novembre au 2 décembre 2014, pendant les jours du Pèlerinage National aux lieux du martyre de la Bienheureuse Anuarite /AnoaliteNengapeta Marie Clémentine, un « Colloque international sur le thème ‘Mémoire de la Rébellion-Révolution1964-65 et devenir de la RDC-Situation de la Province de l’Uélé ».

D’éminents Professeurs d’autres Universités Congolaises, depuis Lubumbashi jusqu’à Kinshasa et Kisangani et aux Professeurs de la même Université de l’Uélé, jusqu’aux Universités de Leuwen en Belgique et de l’Université d’Ottawa, au Canada se sont penchés sur de nombreuses thématiques y référées.

Cependant, une constante a retenu l’attention des conférenciers et des débats : le manque d’attention de la société à la mémoire de tout ce qui a à faire avec cette désastreuse rébellion. D’où les questions : Quelles ont été les facteurs qui ont été à la genèse de cette rébellion ? Et : « comment la mémoire de cette rébellion a-t-elle été transmise ? Comment élaborer une vaste pédagogie de la transmission de la mémoire, de façon que le souvenir de qui est arrivé pacifie les âmes et les cœurs et les relations ?

Le long des journées de ce colloque international, une nécessité devenait évidente : celle de réécrire l’Histoire de l’Uélé et du Congo et de la rébellion Simba. Et d’en retrouver les acteurs responsables, les témoins, les victimes… En effet, dit le Professeur Odiane Douneque, « depuis 50 ans, la Province Orientale continue à porter les stigmates de tant de violence ».

Aux origines de la rébellion

Selon le Professeur Isidore Ndaywel, que parlait de la Genèse et chronologie de la rébellion, les rébellions surgissent avant tout d’un grand « déficit démocratique » qui amène à la contestation des Institutions légalement établies. Ceux qui avaient gagné les élections de 1960 (indépendance) avaient été défenestrés et des tentatives de réconciliation ont été frustrées. D’ailleurs, Pierre Mulele, Ambassadeur au Caire, ne croyait pas à la Réconciliation… Il va se trouver avec le représentant de la Chine à Beyrouth et commence à Beijing sa formation à la guérilla… Il commencera le maquis en Janvier 1964, au Bandundu.

Mais cette rébellion avait aussi d’autres racines.

La rébellion Simba apparait comme réaction aux abus du gouvernement centrale congolais. La misère des populations rurales, la paupérisation des masses populaires, tandis que les classes dirigeantes et les militaires affichaient leur volonté de puissance et abusaient de leur pouvoir ; l’enseignement scolaire mal organisé et sans espoir de débouché, l’appât d’un changement radical et la promesse d’une deuxième indépendance, tout cela poussait les jeunes à considérer Mulele comme un libérateur et un nouveau Lumumba (cf. Tonino F. Nyabenda – Les Héros du Bomokandi… Ed. Afriquespoir 2013, pg 29).

Les rebelles étaient vus comme des libérateurs. Ils portaient la juste punition de ceux qui avaient mal utilisé le pouvoir. Rappelons que lorsque Kindu a été prise para les SIMBA, on a chanté le Te-Deum à la Cathédrale…

Malheureusement, l’anarchie a pris le devant et les situations ont changé du jour au lendemain, soit parce que les politiciens ont joué avec les chocs intertribales, soit à cause de l’utilisation perverse de bandes de jeunes désespérés et drogués.

A l’Est, l’histoire de la présence séculière des esclavagistes arabes et des commerçants arabisés d’esclaves avait créé une mentalité et une réaction xénophobe. Par conséquent la collaboration enthousiaste avec les mulélistes allait de soi.

Cette rébellion muléliste de 1964-65 s’inscrit dans le contexte international de la guerre froide entre les deux blocs : occidental, avec les Etats Unis d’Amérique et les pays européens ralliés à eux et le bloc communiste dont le leadership appartenait à l’Union Soviétique et comptait sur l’alignement chinois.

Si toujours aucun pays n’est complètement indépendant, les nouveaux pays d’Afrique issus des indépendances des années cinquante-soixante l’étaient moins encore. La conférence de Bandung (qui s’est tenue du 18 au 24avril1955 à Bandung, en Indonésie, réunissant pour la première fois les représentants de vingt-neuf pays africains et asiatiques) avait donné de la vigueur à la vague indépendantiste en Afrique. Le Congo devint indépendant de la Belgique le 30 Juin 1960, mais ne réussit pas à se maintenir dans le non alignement entre les deux blocs cités.Aligné d’abordavec le blococcidental (la Belgique,les USA), il connait la tentative d’alignementavec le bloccommuniste soviétiquepar le truchement de Patrice Lumumba, (“Ci si è molto interrogati sul ruolo delle potenze occidentali, in particolare degli Stati Uniti, nella morte di Lumumba, favorita con il pretesto che la sua politica filocomunista faceva temere una deriva dell’ex Congo Belga verso l’URSS[11]. In effetti Lumumba fece appello ai sovietici, al momento della guerra del Katanga, perché l’ONU non rispose alle sue richieste di aiuto militare per mettere fine alla guerra civile – PatriceLumumba”, in Wikipedia) de Pierre Mulele et d’autres.

A quelque peu de jours de l’Indépendance, vite commencèrent les mouvements sécessionnistes et les tiraillements du Congo entre l’aide et la dépendance vis-à-vis de l’Amérique et celle envers la Russie. Les USA et la Belgique craignaient que l’URSS aille faire du Congo un bastion pour la conquête de l’Afrique Centrale pour le communisme international. La haine, que va connaitre le Congo contre les Belges et les américains et dont seront victimes des centaines de missionnaires et de civils blancs et des centaines de milliers de civils congolais, avait son origine dans la haine entre les deux systèmes idéologiques et socio-politiques qui se partageaient l’influence sur le monde : la démocratie et le libéralisme américain et européen et les dictatures communistes et ‘populaires’ de l’URSS et leur version chinoise.

Il est désormais possible dire que la rébellion/révolution SIMBA, si elle était assurément une affaire congolaise, elle a été surtout une action internationale visant l’implantation soviétique en Afrique Noire.N’oublions pas non plus que le pays de l’autre côté du fleuve, la République Populaire di Congo (Brazzaville) était un pays à régime marxiste. Et il y avait la Guinée Conakri, l’orientation filosoviétique e l’Egypte…

La rébellion Muleliste, explique le Prof. Ndaywel, de l’Université de Kinshasa, se caractérisa par des visés politiques (conquérir la deuxième indépendance), des actions politico-militaires (comandants et combattants SIMBA) et particulièrement par le fait d’être un « Mouvement anticlérical et surtout anticatholique ». Les raisons en étaient, toujours selon le même Professeur, d’un côté, « l’idéologie du socialisme scientifique » du communisme de marque soit russe soit chinoise (rappelons que la Chine avait son Ambassade à Bujumbura et , à un moment, dans la République Libre du Congo) et, de l’autre côté, le fait de considérer l’Eglise catholique un des éléments porteurs des dynamiques de domination coloniale. Mis il y avait aussi l’influence es maux ancestraux d’Afrique, notamment le fatalisme et le tribalisme, cette forme de racisme, qui «n’engendre que haine et terreur, vengeance et meurtre » (Car. Malula).

La rébellion SIMBA commence au Bandundu, en Janvier 1964, lorsque Pierre Mulele commence le maquis dans le Kwilu. Tous ses adeptes recevaient formation dans le « catéchisme des partisans », fait à partir des principes de lutte populaire du manuel de guérilla écrit par le chinois Mao Zedong.

La rébellion de l’Est, moins bien organisée mais plus efficace, avec Gaston Soumaliot, aidée par Gbenye et Laurent Kabila avance très rapidement. La Chine conseillait et soutenait soit Pierre Muleledepuis Bujumbura ; soit Soumaliot, depuis Brazzaville. Ensemble, ils s’emparent de la majorité du territoire national et provoquent d’incalculables souffrances et des centaines de milliers de morts dans le Nord-Est du pays.

Les leaders des rebelles sont majoritairement de gauche. La plupart des combattants, par contre, était constituée par des troupes de enfants de 10 à 15 ans ou jusqu’à 20 ans, pris dans les tribus des Provinces du Kivu et Orientale. La grande majorité d’entre eux sont issus de culture traditionnelle avec des croyances animistes, qui constituaient la base culturelle soit pour leurs victoires (pendant un temps) soit pour le découragement de l’Armée Nationale congolaise (pensez à sa fuite de Stanleyville !). Certaines de leurs bandes perpétraient des massacres et se livraient à des tortures, viols, et exactions, tant parmi les Africains que parmi les Européens restés en place ou revenus après l’indépendance du pays.

Selon certains témoignages, des rivières ont charrié un nombre incalculable de corps de suppliciés par ces bandes. Les chefs rebelles les plus importants avaient systématiquement recours à la terreur, torture et exécutions publiques des congolais évolués, des agents gouvernementaux, des traitres, et des voleurs. (Wikipedia).

Des exécutions publiques tinrent lieu à Stanleyville (Kisangani) et en d’autres endroits, tels Isiro (Paulis) où d’une seule fois on a massacré 800 personnes (« le carnage »).

Le 4 aout 1964, les Simba étaient déjà aux portes de Stanleyville (Kisangani). Les massacres des PNP (Parti National du Progrès) se firent à grande échelle. Les mulélistes allaient appliquer dans la vie politique les principes du marxisme-léninisme réinterprétés par Mao. D’ailleurs, Olenga avait dit : « les communistes chinois ont tué des millions et millions de personnes.C’est bien la raison para laquelle ils ont réussi. Nous devons suivre leur exemple ». Ce qui amène Dieudonné Buaguo Mosabi, de l’Université de l’Uélé, à parler des « crimes odieux comparables au génocide », dans le territoire de Rungu, pratiqués para les Simba (Conférence).

En 5 Septembre 1964, les Simba, sûrs de la victoire, créent et proclament la République Populaire du Congo, ayant comme capitale Kisangani et qui compte avec une ambassade de la Chine… Face aux prévisibles réactions du Gouvernement de Léopoldville (Kinshasa), présidé par Moise Tshombe, Gbenye (Président de la RPC) menace que, si les américains et les Belges arrivent à Stanleyville, cela signifiera « la disparition de tous les Belges et Américains… Nous fabriquerons nos fétiches avec les cœurs des Américains et des Belges… ». Néanmoins, le Gouvernement de Tshombe déclenche l’Opération « Dragon Rouge ». Les troupes britanniques, le para-commandos belges avec les avions américains, en synchronisme avec une colonne terrestre progressant dans la brousse sous le nom de code de Ommegang, mettent fin à cette République sécessionniste de Stanleyville du 24 au 26 Novembre 1964.

Les bombardements occidentaux ont porté la rage des SIMBA aux étoiles. Les blancs pris en otages, dont les missionnaires et les PNP (anciens cadres) sonttués en plusieurs endroits : « Il y a une hécatombe des otages et des congolais. C’est le « carnage » à Isiro, s’écrie le Père et Prof. Roger Gaise.

L’EGLISE CATHOLIQUE DANS LA TOURMENTE

« La tourmente Muléliste a produit de nombreux martyrs chrétiens dans le Nord-est du Congo. Mgr Théophile Kaboy Ruboneka, Evêque de Goma depuis octobre 2009, a fait ce commentaire à propos de tous ces martyres : ‘Un proverbe Peul dit que les grandes herbes peuvent cacher les pintades, mais elles ne peuvent pas cacher leur cri. Le cri du sang de tous ces hommes et ces femmes, dont un grand nombre a été exécuté à cause de l’Evangile, continuera à se faire entendre à travers les pages de l’Histoire de l’Eglise du Congo ». Le Père Tonino Falaguasta Nyabenda, en son livre Les Héros du Bomokandi – Le martyre des 4 missionnaires Comboniens et leurs compagnons cite ces paroles et continue : « L’Eglise a partagé les souffrances de la population congolaise. Mais pourquoi, se demande-t-il, l’Eglise Catholique, surtout dans les derniers temps de la rébellion muleliste, a été attaqué et beaucoup de ses responsables, Evêques, prêtres, missionnaires, grands séminaristes, religieux, religieuses, catéchistes ont été torturés et massacrés ? » (pg 29).

Si l’on croit à T.F.Nyabenda (pg 30), « de prime abord, l’insurrection muléliste… n’était pas contre l’Eglise catholique ». Mais l’Eglise avait collaboré avec le pouvoir établi et elle n’avait pas su rester indépendante vis-à-vis du régime politique en place. Lorsque la révolution muléliste éclata, elle a attaqué tout ce qui représentait l’Etat, hommes et institutions, ceux de l’Eglise aussi.

Dans la dérive anticatholique ont influence aussi des nations étrangères, notamment la Russie et Chine et le monde arabe, qui visait islamiser l’Afrique Centrale.

Mais encore la réaction des populations n’ont pas été toutes pareilles en ce qui concerne les relations avec les missionnaires pendant les temps de la rébellion : il y eut ceux qui se sont complètement ralliés aux Simba, il y eut des chrétiens tortureurs ; il y eut ceux qui restent silencieux avec une attitude très réservée sous le coup de la terreur et ceux qui, au risque de leurs vies, ont aidé et secouru les missionnaires.

Les missionnaires libérées, eux, louent beaucoup les prêtres et les religieuses congolaises qui ont fait tout le possible pour les cacher, les aider à fuir et les libérer.

Nous avons le témoignage de Mgr. Tandele, du diocèse d’Isiro-Niangara. Il raconte que les abbés, à Faradje, cherchaient des voies et moyens pour réussir à avoir l’appui de Gbenye, qui, après la chute de Kisangani avait disloqué la capitale de la République Libre/Populaire du Congo à Aru, pour que la feuille de route soit donnée à des missionnaires pour partir à travers le Soudan vers l’Europe : « s’ils sont tous tués, comment le monde saura-t-il ce qui s’est passé ici ? »

Mais c’est l’opération « Dragon Rouge », déclenchée le 24 novembre, qui a le plus aggravé la situation.

LES MISSIONNAIRES COMBONIENS AU CONGO,

MARTYRES AVEC LES AUTRES MARTYRES

DONT LA BIENHEUREUSE ANOALITE.

Le Combonien Père Remo Armani est tué à Isiro le jour même des bombardements sur Stanleyville (24 novembre 1964). A Rungu, le 1er décembre, aux abords du Pont sur la rivière Bomokandi, sont assassinés les Pères Comboniens Evaristo Migotti et Laurent Piazza pour sauver la vie aux enseignants de la place (fusillé aussi le Fr. Charles Mosca, qui, blessé, s’est feint mort et s’est sauvé dans la foret). Le P. Antoine Zuccali sera tué toujours à Rungu, mais sur le pont de le rivière Rungu avec un laïc belge, qui voulait sauver de la mort en le conduisant par la forêt à Paulis. Mais il a été convaincu à sortir de sa cachette ; autrement ceux qui savaient d’elle seraient tués… Pour les sauver, ils se sont présentés… Des actes de charité chrétienne qui font d’eux des martyres de la charité, dans la rébellion congolaise, tout comme Sœur Anoalite est martyre pour la Chasteté consacrée. A la gloire de Dieu et le bien du Congo !

Note – Dans cette partie de l’exposé nous suivons de très près le récit de Nyabenda, dans Les Héros du Bomokandi… et de l’historien des Comboniens au Congo, dans l’ouvrage : Comboniens, 50 ans au Congo. Ed. Afriquespoir.

Les premiers missionnaires comboniens sont arrivés au Congo le 11 décembre 1963, au diocèse de Niangara. Ils avaient tous travaillé parmi les Azande di Sud-Soudan. De là-bas, on venait facilement à Paulis. L’Evêque les accueillait et les admirait pour leur engagement et leur caractère ouvert. La célébration du Concile Vatican II lui fournit l’occasion de demander des Missionnaires au Supérieur Général, Caetano Briani. Le moment était propice ; en effet, le Gouvernement soudanais venait d’expulser tous les missionnaires étrangers des régions méridionales du Soudan. Le P. Briani met à disposition de Mgr De Wilde huit missionnaires.

Ainsi, le 11 décembre 1963, quatre comboniens arrivent à Paulis : les Pères Lorenzo Piazza, Antoine Zuccali, Pasquale Merloni et le Frère Carlo Mosca. Le lendemain, ils se rendent à Rungu, leur premier poste de mission. Le 23 décembre, le P. Lorenzo Piazza écrivait au Supérieur Général : « nous avons respiré l’air africain… maintenant, nous ne nous ferons plus expulser…. »

Les autres quatre missionnaires arrivent à Rungu le 5 mars 1964. Ils étaient : les Pères Remo Armani, Ferdinand Colombo et Fr. Mario Pariani. Déjà la rébellion muléliste était en plein déroulement.

Ces jeunes missionnaires manifestent un grand enthousiasme apostolique et une approche sincère et simple à la nouvelle réalité… Ils se plongent tout de suite dans l’étude de la langue lingala. Le travail pastoral promet bien…

L’heure de l’épreuve

Quand les premiers Comboniens arrivent au Congo, la révolution muléliste vient de commencer. Mulele venait de rentrer en Juillet 1963 ; mais la violence s’était déjà déclenchée : entre 1960-1962 deux prêtres congolais et 25 missionnaires étrangers avaient été tués.

Depuis que P. Mulele entre dans le maquis (Janvier 1964), la région de Paulis vivait dans une certaine tranquillité par rapport aux autres provinces congolaises.

Les choses changeront le 5 aout 1964, lorsque Stanleyville est occupée par les rebelle de Gbenye. Des révoltes se succèdent et des massacres…

Le P. Remo était le Représentant du Sup Gén. Le 2.09.1964, il écrivit : « Nous sommes dans une confusion totale. Les rebelles sont les maitres …aussi de notre région. Les massacres sont commencés… Les écoles sont fermés… Mais nous espérons que le calme revienne ». le 7 octobre : « Les expatriés… cherchent les moyens de s’en aller… Nous, coute que coute, nous garderons notre poste. Le Seigneur sait bien que nous sommes là. Et les gens nous aiment ».

Mais le chemin de la fin du P. Remo allait commencer bientôt. Le 6 novembre, il est arrêté avec tous les expatriés belges et américains. Ils ont été enfermés au nombre de 41, dont 12 missionnaires, dans la maison des sœurs dominicaines de Paulis.

Les Simba n’épargnaient aux prisonniers ni insultes ni violences, ni coups.

Le 24 novembre, en réaction à l’Opération « Dragon Rouge », Gbenye donne, via radio, l’ordre d’éliminer tous les otages, partout où il y en ait. A Paulis, à la nouvelle du débarquement des para-commandos belges à Stanleyville,… un colonel, accompagné d’une bande de simbas, s’approcha de la chambre ou il avait les missionnaires et le P. Remo aussi…. Le Père dominicain belge Martin Pen a été le témoin de tout ce qui s’est passé ce soir-là. Il n’a pas été exécuté avec le P. Remo. Il était réservé comme les autres 25 pour le lendemain. Mais le lendemain, 25 novembre, les paras sont arrivés et les otages libérés… Il a donc raconté ce qui s’est passé avec le P. Remo : « Nous avons été ensemble avec le P. Remo pendant trois semaines. Il avait un calme et une sérénité exceptionnelles. Le mardi 24 novembre, le soir, un colonel, accompagné d’un groupe de simbas tous originaires d’une autre Province, nous obligea à sortir. On nous enleva tout… Nous avons été obligés à nous étendre par terre, face tournée vers la pelouse. Et on attendait d’être fusillés. A terre, la tête du P. Remo touchait presque la mienne. Le colonel se trouvait sous la barza et il braquait son revolver vers nos têtes. Tout à coup, le P. Remo se redressa pour protester qu’il était un italien. Mais le coup partit, le touchant mortellement à la tête. Le P. Remo Armani a été le premier Combonien à porter au maximum l’offrande missionnaire de sa vie. Il a été tué le 24 novembre 1964.

Les martyrs de Rungu

Le P. Laurent Piazza, comme nous avons vu, avait écrit au Sup. Général : « Maintenant, nous ne nous ferons plus expulser… » Sans le savoir il prophétisa : il restera au Congo pour toujours : tué par les Simba le 1.er décembre 1964, presqu’à la même heure où, à Paulis, l’on martyrisait Sœur Anoalite Clémentine, une semaine après la mort du P. Remo.

Un seul des missionnaires a eu la vie sauve, le fr. Carlo Mosca. Et c’est lui que raconte ce qui s’est passé… « Nous avons préféré rester à notre place, disposés à supporte toute éventualité… Le 4 novembre 64, nous avons été arrêtés et jetés en prison à Rungu… Trois jours plus tard, on nous conduit à la mission, où nous restons sous vigilance… Nous, quatre comboniens, trois dominicains du Petit séminaire et trois Belges, nous étions tous enfermés dans une même pièce… Le jour après l’arrivée des paras belges à Paulis, les simba ont été pris par la panique et se sont enfuis. En ces jours-là il y avait un grand passage de simbas qui quittaient Paulis…

Nous avons décidé de nous cacher dans la foret, au-delà de la rivière Rungu… C’était la saison sèche… Nous couchions à la belle étoile et recevions la nourriture de quelques enseignants qui étaient devenus nos gardiens . Nous célébrions la messe chaque jour…

Un soir, depuis notre cachette, nous avons un véhicule passer sur la grande route et klaxonner longuement. Nous craignions et croyions qu’il s’agissait des rebelles et nous sommes restés cois. Nous avons su plus tard que c’était un camion de l’Armée nationale avec deux Pères Dominicains, qui venaient nous chercher…

Le matin du 30, après presqu’une semaine passée dans a foret, les enseignants sont venus nous dire que les Simba avaient menacé de les tuer si nous ne sortions pas de la foret. Nous nous sommes réunis et nous avons pris a décision, de commun accord, et bien que nous sachions que nous risquions la mort de quitter notre cachette et de nous présenter aux Simba, pour ne pas mettre en danger la vie de ces personnes, qui avaient tant fait pour nous. Nous nous sommes confessés et nous pensions avec sérénité au sacrifice que le seigneur nous demandait pour le bien des âmes dont nous avions la charge et pour tout le Congo.

Le P. Zuccali, lui, avait pris une autre décision. Il voulait accompagner un jeune belge, Paul Lepêche, à travers la foret, pour le mettre en sécurité à Paulis. Le jour suivant, le 1.er décembre, les rebelles étaient à trois cent mètres de notre cachette. Ils nous attendaient … C’était l’après-midi. Notre gardien vint nous appeler et nous sommes sortis de la foret vers la Mission. Les rebelles étaient là. Il y avait des camions. Ils nous menaçaient de leurs armes… On nous a pris les montres et tout ce que nous avions. On nous a laissé seulement une couverture. Nous avons été conduits chez le commandant on a enregistré nos coordonnées et nous avons été enfermés dans une case. Les sœurs , dans une autre case. Un officier vint nous dire que nous allions être conduits à Paulis et libérés dans la suite…

Quelques heures plus tard, le major Olenga est arrivé. Il avait la mine d’un possédée et il hurlait : « Y a-t-il des Belges ? – Les Italiens, nous les tuerons demain ». Peu après, il s’est retourné vers notre prison et il a crié : Votre dernière heure est arrivé !… Après nous avoir enlevé chaussures et chaussettes, ils nous ont chargé sur une camionnette et nous sommes descendus vers le Bomokandi. Nous étions six : les 3 dominicains et nous trois comboniens. Les Simba étaient cinq ou six. Nous étions vraiment tranquilles : la sérénité se voyait vraiment sur le visage de tout le monde. Personne ne parlait. La grâce de Dieu nous réconfortait. Il était peut-être 22 heures. C’était une nuit sans lune et très obscure. Les rebelles ont traversé le pont et puis ils ont rebroussé chemin, s’arrêtant finalement au commencement du pont vers Rungu, les phares allumés. On m’a fait descendre le premier et m’asseoir sur le bord de la route, à quelques pas du pont. La figure tournée vers la foret. Avant de tirer un seul coup, le chef du groupe m’avait donné l’ordre : « Montre-moi ta face ! » J’ai obéi sans dire un mot. Un coup est parti.J’ai senti une forte douleur à l’épaule gauche, tout près du cou. J’ai eu un instant d’indécision : si je me tournais, ils auraient tiré un autre coup. Ma tête était limpide. J’ai suivi l’inspiration de me laisser tomber sur la droite, comme si j’étais mort… Après moi, ils ont fait descendre les trois dominicains, tous à ma droite. Le P. Piazza était assis à ma gauche. Un coup l’atteint à la tête et il est tombé sans pousser un cri de douleur. Le dernier à être fusillé a été le P. Evaristo Migotti. Descendu de la voiture, puisque le bord de la route était encombré de cadavres, il a demandé avec son habituelle simplicité : « Wapi ? »… Ils l’ont fait asseoir tout près du pont et un coup est parti… Les Simba se sont éloignés de vitesse. Déjà les curieux, en entendant les coups de feu, s’étaient approchés, et le major, de leur dire : « Est-il bien que les gens se promènent la nuit ? ». Dans la suite, quatre hommes ont trainé les cadavres en les saisissant par les soutanes. Arrivés à moitié du pont, ils les ont jetés dans les eaux du Bomokandi » – Le Fr. Mosca, qui fait de récit, jeté au fleuve, s’est accroché à un pilier du pont et s’est sauvé par l’après, soigné par ceux qui l’avaient fusillé…

Le P. A. Zuccali était encore caché dans la foret pour sauver le jeune belge. Mais le 2 décembre, au matin, ils ont été trouvés par quelqu’un qui les a convaincus de rentrer à la mission, parce que les Simba menaçaient de mort tous les européens qui étaient dans la foret et tous ceux qui connaissaient leur cachette. Arrivés à Rungu, les Simba se sont saisis des deux blancs et les ont conduits sur le pont de la rivière Rungu, affluent du Bomokandi. Le P. Antoine donna l’absolution à l’ami Paul et la bénédiction à une famille de chrétiens qui assistaient en larmes à la cène. Les rebelles tirèrent une rafale avec leurs armes automatiques et jetèrent leurs corps dans la rivière.

Ainsi, tous les missionnaires qui étaient à Rungu, à la Paroisse et au Petit séminaire avaient été exécutés. Le seul rescapé, blessé, a été le Fr. Mosca… Le 30 décembre, un groupe de soldats est arrivé à Rungu. Les simba ont pris la fuite. Les Sœurs et le fr. Carlo Mosca ont été libérés. Le calvaire des Missionnaires et de la population était fini…

Les missionnaires comboniens qui étaient à la Paroisse de Ndedu ont été fait prisonniers et amenés à Watsa, au milieu de beaucoup de mauvais traitements et humiliations (le Fr. Mario Pariani nous racontait, à Rungu, que les Simba leur urinaient dans les oreilles…),mais il ont été libérés en temps…

Conséquences de la rébellion :

– le culte et la culture de la violence et la banalisation de la mort, prétendument justifiée avec toutes les horreurs et tortures par les visées politiques de ses protagonistes ; « les violations massives des droits humains » qui font que le sociologue Emile Bongeli, de l’Université de Kinshasa, parle de « la bestialité humaine » élevée au maximum dans la guerre : « j’ai vu les sévices, les jugements sommaires et populaires de tous les gens formés (MATEKA) ; tous ceux qui avaient plus que 4èmePrimaire étaient tous voués à la mort. On a mis en place toutes les cruautés : la cruauté c’est l’intelligence au service de la bestialité !…;

– des blessures énormes dans la société congolaise que restent là toujours ouvertes ; manque de réconciliation nationale basée dans la justice et le droit des victimes à la réparation (Prof. Benjamin MULAMBA MBUYI, de l’Université Pédagogique Nationale). Cela fait que de nouvelles rébellions surgissent avec tout leur cortège de violences et d’exactions sur les populations sans qu’il y ait un mouvement de refus et de contestation à partir du sens profond de justice et de la dignité humaine et du peuple: il semble que celui-ci et les autorités partagent un fond de fatalisme, d’inévitabilité et considèrent normal de ne pas travailler pour l’imputabilité juridique des auteurs des violences, des viols (dont le refus rendra martyr Sœur Anoalite Nengapeta), ce qui porte de nouveaux rebelles à reproduire le même modèle, sachant que comme le disait un orateur avec des responsabilités gouvernementales : « pas de dénonciations dans les tribunaux : les Congolais ne présentent pas de dénonces. Les morts sont morts… Nous on se pardonne et c’est tout ! …». Mais le Prof. Emile Bongeli s’est levé en protestant : les responsables des crimes, les mandants et es exécutants doivent être recherchés, pris, jugés et condamnés. Parce que ces crimes ne périment jamais.

C’est pourquoi, le Colloque à l’ Université de le l’Uele a demandé que l’on travaille sur LA TRANSMISSION DE LA MEMOIRE » .Ainsi le recteur de ladite Université de l’Uele, P. Roger Gaise, a parlé « du devoir de mémoire comme paradigme incontournables de réparation des faits insurrectionnels de 1964-65. » Afin que ces choses inouïes ne se répètent plus..

DE L’HISTOIRE NOUS VIENNENT DES DEFIS

POUR LE PRESENT ET POUR L’AVENIR

UNE LECTURE SAPIENTIELLE DE NOTRE HISTOIRE INCARNEE SANGLANTE

DANS L’HISTOIRE DOULOUREUSE DU PEUPLE CONGOLAIS

En son texte devenu classique “Christ et Culture”, le théologien protestant H. Richard Niebuhr présente différents modèles des rapports entre l’Eglise chrétienne et la culture environnante. Il explique qu’il y a des chrétiens qui se voient en conflit permanent avec le monde; d’autres voient l’histoire comme l’interaction de l’Esprit de Dieu avec la Nature e les chemins humains. Masi il y en a aussi une troisième voie, que synthétise les autres et les améliore: cette-ci voit l’histoire humaine comme une préparation positive pour le Royaume de Dieu. Niebuhr appelle de “conversionistes” ceux qui voient l’histoire comme le flux des grands faits de Dieu et de la réponse humaine à eux. La conversion du monde se fait à travers les conflits de l’histoire.

Tous ces points de vue ne sont pas sans mérites, mais la troisième voie est plus pleinement porteur du message catholique. Les catholiques voient le Projet de Dieu pour le monde en train de se réaliser dans le cadre des rapports souvent pleins de troubles et difficiles avec les pouvoirs du monde”.

Le Concile Vat II (il va faire 50 ans que le Concile a approuvé le Décret ‘Ad Gentes’) nous a orientés vers la lecture des signes de l’intervention de Dieu et dans l’Histoire.

Et le Pape François affirme avec conviction que la force de la Résurrection est en acte même dans les situations les plus absurdes (Ex. Ap. Evangelii Gaudium, 275-278).

Les Missionnaires comboniens voient leur vie et mission en RDC comme suite et comme des fruits du sacrifice total de leurs confrères. Leur présence et action dans tous les domaines de la Mission d’Evangélisation, du développement, de Justice et Paix, Communication sociale, les nouvelles vocations et l’ardeur des missionnaires congolais dans les différents continents en est un signe et une réponse.

Il nous appartient aussi de relever les défis que la lecture du passé nous porte pour le présent que nous vivons comme Mission dans l’historie qui est en train de se faire et comme préparation de conditions meilleures pour ceux qui viennent après nous. Comme le disait le Supérieur général aux Comboniens du Congo, «reconnaitre le chemin parcouru devient aussi un grand défi pour l’avenir et cela oblige à relire le passé et le présent, pour nous demander avec sérénité et liberté qu’est-ce que le Seigneur attend de nous et comment devons-nous continuer avec notre engagement missionnaire en ce moment précis de l’histoire di Congo comme pays, comme Eglise locale, comme Comboniens» (P. Enrique Sanchez, Supérieur Général des M. Comboniens).

Ecoutons ce que dit le sociologue, témoin dans sa chair de toutes les violences et de l’éducation SIMBA à la guerre :« La guerre est aussi normale que la Paix… La guerre est aussi normale que la mort… ? – Soit :« Mais la Paix est toujours plus fragile. A tout moment, elle peut être blessé, amoindrie par l’injustice et la méconnaissance de la dignité de la vie et e la personne humaine.- Alors, il faut préparer la Paix »,mais non pas en se préparant à la guerre, comme beaucoup disent.

Parce que « la guerre fait tout pourrir : pendant la guerre, il n’y a pas de vertu… la guerre valorise tout ce qui est mal… elle fait que nous soyons fiers de faire le mal et toujours plus de mal… dans la guerre, ce sont les méchants qui sont retenus les bons… Les bons, on les voit comme des traitres…Il fout donc que nous fassions tout pour rejeter le plus loin possible la guerre… » (Prof. E. Bongeli)

La paix in ne la bâtit pas en préparant la guerre, mais en travaillant à tout ce qui contribue à la Paix.

A commencer par la formation sur l’Enseignement social de l’Eglise et l’éducation dans les écoles de tous niveaux, dans les formations pour les laïcs, pour les familles, pour les politiciens, les militaires…. Il faut toujours relancer des programmes d’éducation civique portant sur les valeurs qui assurent des relations humaines axées sur le respect et la promotion de la dignité et de la valeur de la personne humaine, entre les tribus, les groupes de la société civile et politique, les forces Armées, les Gouvernants et les gouvernés…

A commencer par établir la primauté du Droit soit national soit International, pour le droit à la Vérité et l’établissement des responsabilités ; pour la victoire de la Justice et l’implémentation de dynamiques de réconciliation sociale, interethnique et politique ;

A commencer par la formation politique des catholiques, axée sur l’Enseignement social de l’Eglise, cette minière de sagesse…

A commencer par favoriser le bourgeonnement d’une société participative, et non plus attentiste (contre tout paternalisme…)

En favorisant le rôle de l’Etat et des partenaires de la société civile et des agents de transformation culturelle, dont notamment la communication sociale et l’art dans la prévention des conflits et la construction et la consolidation de la Paix dans le Pays ;

A commencer par l’éloignement des injustices qui blessent la dignité des gens et des peuples et engendrent et nourrissent la révolte…

A commencer par une distribution plus juste des richesses du Pays. En effet, les causes des rébellions, en RD Congo, sont aussi les causes de son sous-développement, reconnait aujourd’hui Mr Paulin ODIANE DOUNE.

Pour sa part, à l’Eglise et à ses Institutions, notamment aux diocèses et aux Instituts religieux et missionnaires on demande de rester libres par rapport aux pouvoirs politiques et économiques et pauvres, à l’instar de Jésus, pour garder la ferveur de la foi et le courage de la Mission tout comme la liberté prophétique de dénoncer tout ce qui atteint à la dignité, à la liberté et à la Vérité de la Personne Humaine, Image de Dieu et d’annoncer l’Evangile de la Joie et de la Paix.

Butembo, le 11 décembre 2014

P. Claudino Ferreira Gomes mccj

LA RÉBELLION MULELISTE

AU DIOCÈSE DE BUTEMBO-BENI

Les méfaits de la rébellion muleliste racontés dans les trois témoignages précédents ont été vécus au Diocèse de Butembo-Beni avec moins d’intensité que dans la région du Kwilu, la province Orientale et le Katanga du Nord.

Entré en République du Congo en Mai 1964 ; par le Burundi, Mr GASTON SOUMIALOT avait comme objectif de rejoindre les rebelles venant de Kisangani si jamais il parvenait à soumettre le Katanga et le Kivu.

Notre Diocèse a connu la rébellion par les troupes Simba et la Jeunesse du Mouvement National Congolais (M.N.C) venus de Kisangani. Elles sont entrées à Beni alors siège épiscopal le 25/09/1964 et ont continué sans résistance aucune de l’Armée Nationale Congolaise (A.N.C.) jusqu’à Butembo.

Mgr Piérard aurait pu demander à ses missionnaires de se retirer à temps. Il a plutôt jugé bon qu’ils restent avec la population car, disait-il, la rébellion est une affaire des politiciens et les missionnaires n’ont rien à voir avec l’occupation politique. Ils devront continuer à s’occuper pastoralement de leurs ouailles sans s’ingérer dans la politique. Il ne pensait pas que les rebelles pouvaient inquiéter ses missionnaires.

Capturés par les rebelles à Beni-Paida, Mgr Piérard et ses prêtres, à savoir les R.P. Théodard Steegen, Salvinus, Flavien, Philippe, … ont été enfermés dans une cham brette de l’hôtel d’un commerçant grec du nom de Nicolatos. Dieu ayant exhaussé leurs prières par l’intercession de la Sainte Vierge et celle des Martyrs de l’Uganda, les troupes rebelles

Homélie de la

MESSE POUR L’EVANGELISATION DES PEUPLES

Lectures choisies : Ben Sirac 34,9-20 ; Col. 3, 12-17 ; Lc 4, 14-22a

« Pour le témoignage éclatant des martyrs, nous rendons grâce au Père » (Préface)

Nous venons de revivre les différentes circonstances du martyre de nombreux missionnaires au Congo, non pour condamner, non pour juger, non pour regarder le pire, mais pour déceler les pépites d’or dans la fange, comment Dieu actualise l’Evangile, comment Dieu tire le bien du mal. Avec les martyrs, ceux qui ont rendu témoignage à Dieu, ceux qui ont témoigné de leur attachement radical au Christ, nous nous retrouvons mieux à l’eucharistie, qui est le sacrement institué à la veille même de la passion et le chant de résurrection et de joie. A l’eucharistie offerte aussi bien pour les morts que pour les vivants chaque jour nous évoquons leur mémoire.

Notre célébration, à la clôture des 50 ans du MARTYRE de 28 Prêtres du Sacré-Cœur, de 24 Pères Croisiers, de 4 Missionnaires Comboniens en l’année (1964) du martyre de la Bienheureuse Anoalite et à l’ouverture de l’année jubilaire du décret « Ad gentes » de Vatican II (Sur l’activité missionnaire de l’Eglise, promulgué à Rome le 7 décembre 1965), nous fait tourner non vers le passé fut-il glorieux mais avec espérance vers l’avenir des peuples, « ad gentes », « ad » c’est-à-dire « vers », toujours orientés vers les hommes, tendus vers la mission, vers l’objectif du Christ, joyeux et fiers de continuer la mission initiée par les défricheurs, malgré et au-delà des épreuves, des humiliations, les tribulations, pour amener ces hommes à Dieu, les aider à sortir des abîmes du péché et de la mort.

Nous avons tourné nos pensées vers les missionnaires qui ont quitté leurs pays respectifs et sont morts au Congo de 1964-1965. Certes il faut se rappeler, commémorer et ne pas oublier, mais il faut aussi aller de l’avant, continuer avec enthousiasme le voyage, manifester que le feu que Jésus a allumé par les missionnaires s’étendra à toute la terre et on ne pourra jamais l’éteindre (cf. Mt 16,18). Nous ne pensons pas à ces vaillants missionnaires comme à des morts mais à des gens qui continuent à vivre d’une autre manière et avec eux nous continuons à former une même famille, une même Eglise. Il y a comme un aller et venir, un venir et aller, toujours pour continuer à agir en faveur des hommes marchant dans l’obscurité de l’histoire pour les élever vers le haut, pour éclairer, réchauffer, purifier (les hommes et les mœurs), consumer par le feu de Dieu, le feu de l’Esprit.

Grâce au courage, à la foi et à l’amour des missionnaires qui furent d’infatigables voyageurs sur les sentiers sinueux et obscurs de nos forêts denses sous le soleil accablant (« l’ardeur du midi » voir Ben Sirac) ou les intempéries, grâce à leurs âmes aujourd’hui bienheureuses, l’annonce du salut en Jésus Christ a fait un grand chemin dans notre pays. Le sang des martyrs est semence des nouveaux chrétiens (voir Tertullien). Dieu a donné la croissance. Oui parce qu’il y a eu le temps de semer, ce travail laborieux est bien sûr à continuer, tantôt sarcler, tantôt défricher ou labourer, tantôt retourner la terre, tantôt laisser germer, tantôt moissonner là où un autre a labouré, arroser, tantôt recommencer, avec et pour les « gentes », cette « gens » païenne, cette « nation païenne » qui est toujours là, dans les coins et recoins de notre cœur et de notre pays. Supplions encore le Seigneur : Que l’imprévisible vent de l’Esprit et ses flammes de feu qu’on veut éteindre en tuant les ouvriers de l’évangile, s’élèvent de nouveau et déchirent la nuit où marchent les peuples (gentes). Chez nous, les défis à relever sont nombreux et l’engagement de certains ministres ou missionnaires à les relever coûtent encore la vie : la situation sociopolitique avec son corollaire le déficit important de la conscience morale citoyenne, la situation socioéconomique et la pauvreté et les injustices, etc.

La première lecture nous parle des voyages. Lue dans une perspective chrétienne, disons simplement que les chrétiens sont des gens de voyage comme leur Maître. Jésus lui-même tel qu’il nous est présenté dans l’Evangile de Luc surtout (et même saint Jean) était un homme de voyage : ministère public comme voyage de Galilée vers Jérusalem, ainsi aussi pour l’Eglise des Actes des Apôtres dans laquelle les disciples ambitionnent de d’atteindre les « gentes » jusqu’aux extrémités de la terre. Le chrétien est un disciple en route, appelé à avancer toujours au large, aux vues larges, confiant en Dieu, en voyage sans répit jusqu’au jour de sa pâque, de son passage vers les Cieux nouveaux et la Terre Nouvelle. C’est particulièrement vrai pour un missionnaire qui est un envoyé.

La deuxième lecture nous parle des vertus en communauté, en famille chrétienne ; celle-ci doit se caractériser surtout par la patience réciproque et le pardon, pour maintenir ou rétablir l’unité. Notre communauté ou nos liens de fraternité doivent être le lieu qui nous permet de répondre à l’appel du Seigneur mais aussi des relations par lesquelles nous accomplissons la mission que le Seigneur nous confie. L’Eglise, ekklesia, est la communion de tous ceux qui ont répondu à l’appel de Dieu, du Christ Parole de Dieu, et qui à leur tour comme bien-aimés par Dieu lancent un nouvel appel.

Comment évangéliser le monde actuel se demande-t-on aujourd’hui, au sommet de la hiérarchie ecclésiale et dans les congrégations ? Comment annoncer l’avènement du Royaume d’amour, de justice et de paix ? Comment dire que ce Royaume est proche ? Jésus dit encore : « Convertissez-vous et croyez en la Bonne Nouvelle ».

Aujourd’hui, le saint Père le pape François nous rend sensible à un aspect qui ne fut pas pendant longtemps souligné : il nous invite à commencer par nous-mêmes et à évangéliser par la joie, une joie intérieure qui éclate à cause de la foi, à cause de l’accueil de l’Evangile, à cause de la présence bienveillante de Dieu… La joie de nous savoir aimés par Dieu doit nous inciter à tout donner, à faire connaître la paix du Christ, l’amour du Père à tous les hommes. Etre artisans de la paix, de la réconciliation, du pardon. Parce que nous avons trouvé la joie d’appartenir au Seigneur, nous pouvons non seulement passer le temps dans l’action de grâce et la reconnaissance, à chanter des hymnes et des louanges à Dieu (cf. notre deuxième lecture), mais aussi à la partager ; nous manifesterons sa présence en vivant dans une joyeuse action de grâce, la louange et en partageant généreusement les joies et les peines de nos frères et sœurs. Ceux qui invoquent le Seigneur ont le devoir de proclamer haut et fort ce qu’ils croient, ont le devoir d’être des messagers de la Bonne Nouvelle. Car Dieu ne veut que personne ne périsse, mais que chacun à son heure entende son nom appelé (1 Pi 3,9).

En effet, l’annonce de la Bonne nouvelle s’est toujours faite de cette façon, parce que c’est une Bonne Nouvelle. Les saintes Ecritures sont remplies d’exemples de l’annonce joyeuse de la nouvelle du salut accompli en Jésus Christ. Au jour de la Visitation, Marie, joyeuse et poussée par l’Esprit qui est descendu sur elle et demeure sur elle, est montée à Jérusalem ; la présence en son sein et en celui de sa cousine Elisabeth des deux envoyés de Dieu, provoquent la joie, et des deux femmes et des deux enfants attendus ; la joie est contagieuse. A Cana Jésus change l’eau en vin pour la plus grande joie des époux et des convives. La présence du Christ se révèle par la joie qu’elle suscite. Marie, sortie de son silence et du secret gardé pour elle avec Joseph, chante son action de grâce pour le salut que son enfant accomplira, par les paroles mêmes du prophète Isaïe connues de tout le peuple. Dès le début de son ministère Jésus accomplissant la prophétie d’Isaïe apporte la joie, la libération, le monde nouveau, l’homme renouvelé, l’homme nouveau. C’est l’évangile que nous venons d’écouter.

Jésus de Nazareth, après avoir reçu l’Esprit Saint au baptême et manifestant sa vocation messianique, révèle que le temps est arrivé au moment décisif, en Lui. Son message était partout le même. Proclamant l’Evangile il disait : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle’ » (Mc 1,14-15 ; cf. Lc 4,43). Mais il y a plus : Jésus est lui-même la Bonne Nouvelle, comme il le déclare dans la synagogue de Nazareth, en s’appliquant la parole d’Isaïe sur l’Oint : « Cette parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit » (Lc 4,21).

Ce n’était pas des formules, des théories. Annoncer l’Evangile signifie faire en sorte que l’on croie en cette personne de Jésus Christ, que celui qui croit obtienne « la vie éternelle c’est-à-dire connaître l’unique vrai Dieu et celui qu’il a envoyé Jésus-Christ ». C’est Jésus Christ qui est la Bonne Nouvelle : il s’identifie totalement avec le message qu’il annonce. Sa force et le secret de sa réussite (son efficacité) dans l’action : il proclame la Bonne Nouvelle non seulement par ce qu’il dit ou ce qu’il fait mais par ce qu’il est.

« Jésus referma le livre, le rendit au servant pour le remiser sans doute et s’assit. » (Lc 4,20) Il ferme le livre et le fait remiser, c’est donc fini l’attente et le rêve dit-il aux nazaréniens. Lui, il venait de porter la Bonne Nouvelle aux pauvres qui ont le cœur brisé, d’annoncer aux prisonniers la libération, apporter la lumière aux aveugles, annoncer une année de bienfaits accordée par Yahvé. Il a déjà fermé le livre, il est assis dans la gloire du Père, mais le remet aujourd’hui au missionnaire pouvons-nous dire, le servant ou le serviteur afin qu’il en assure l’abri (cf. Mt 28,19 ; Mc 16,15).

L’appel est toujours une mission vers les hommes (« ad gentes »), aller vers les hommes, être au service des hommes. Dieu n’a pas besoin de nous pour lui-même, mais il a besoin des hommes qui collaborent avec lui dans son dessein de salut. Le prophète est appelé pour une tâche au sein du peuple de Dieu, « serviteur de Dieu », il est aussi « serviteur des hommes ». C’est donc l’heure où chacun doit retrousser les manches et passer aux actes ! Laisser s’accomplir par nous la Bonne Nouvelle de la grâce du salut. Travailler à ce qui fait grandir l’homme, qui l’aide à se développer, qui le rend heureux, car comme disait Saint Jean Paul II, c’est un chemin vers Jésus-Christ. Relever de la cendre, consoler, apporter la lumière (par l’éducation à la foi, à la justice, à la paix), combattre par la non-violence et le dialogue, pardonner. La sainteté à laquelle nous aspirons ou que nous devons poursuivre ne se mesure que sur le degré de charité qui doit gouverner et inspirer nos actions, les différentes facettes de nos vies (cf. Mt 25, 31-46). C’est jeter un regard de lumière sur les pauvres, les exclus, les marginaux et leur faire savoir qu’ils sont aimés de Dieu et sauvés par Dieu, leur apporter la consolation de Dieu, la tendresse de Dieu. Devenir le sacrement de l’amour de Dieu pour qui les « laissés pour compte » sont des privilégiés, ceux qui portent dans leur chair et dans leur esprit les blessures et les violences ! « agir en vue de la libération de tout ce qui opprime l’homme » disait Paul VI (Evangelii Nuntiandi). La lutte contre la pauvreté est au cœur de l’Evangile. La réalité de la pauvreté ne supporte pas l’incantatoire, les incantations.

Les paroles de Jésus ne sont pas de beaux discours, mais des paroles prophétiques, charismatiques et inspirées (Lc 4,22). Jésus a bien lu le texte de l’Ecriture et l’a interprété de façon originale et nouvelle au point de susciter admiration et louange dans l’assemblée. Tout le monde faisait son éloge. Les faits étaient là ! En Lui se manifestent la Puissance de l’Esprit et la Sagesse du Père, l’amour de Dieu qui a pitié de son peuple. Mais cette admiration ne durera pas. Vous connaissez la suite. Ce sont les mêmes (tous dans la synagogue) qui furent dans l’admiration qui l’ont chassé. Jésus ne fut pas considéré le seul à interpréter l’Ecriture de manière persuasive. Et on se demandait sans doute que veut-il dire quand il s’applique ces paroles, que c’est de Lui que parlent les Ecritures et que c’est en Lui qu’elles s’accomplissent ? Alors ce fut le doute et le tollé général ; on voulut tuer cet enfant du pays qui voulait transformer les belles paroles en actes.

Jésus s’obstine, après bientôt vingt siècles, à nous redire chaque jour : « C’est aujourd’hui ! » De la part de Dieu, il nous faut refaire ce chemin de l’annonce de la Bonne Nouvelle, de la mission. Au nom des martyrs missionnaires nous proclamons encore l’amour des ennemis ! A la violence, nous opposons la non-violence évangélique. Au nom de Jésus, nous devons libérer pour engendrer à la vie nouvelle et faire espérer. Laissons l’Esprit nous recréer et nous renouveler. Quoi qu’il en soit, on peut constater que tout le monde (juif, grec, musulman, chrétien, etc.) se retrouve dans celui qui vit l’amour fraternel dans la vérité (caritas in veritate) ; marcher sur la voie de la charité, vivre la charité, le témoignage devient universel.

Dans le Manifeste du Royaume (Mt 5,1-12), Jésus déclare que les attitudes requises pour être béni ou bienheureux sont la bonté, l’amour de l’autre, l’indifférence aux biens terrestres, l’empressement à construire des ponts de concorde et de réconciliation entre les hommes, être artisan de paix, soutien aux cœurs blessés, acceptation des torts, essuyer des larmes.

La balle est dans notre camp pour relever les défis de l’évangélisation. Il nous faut d’abord être authentiquement ce que nous sommes suivant l’appel particulier de Dieu, le vivre avec joie, non pour nous proclamer nous-mêmes ni pour être des « agents sociaux ». Pour l’Afrique, le problème est certes, celui de la réconciliation, de la justice et la paix. Comment contribuer à la réconciliation, à la justice et à la paix s’est-on demandé au dernier synode africain ? Il a été répondu que « Vous êtes le sel de la terre … Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,13.14). Pour que le sel donne le goût aux aliments, il doit se diluer ; pour qu’une bougie éclaire, il faut bien qu’elle brûle ; la lumière jaillit de quelque chose qui se consume ; pour que le grain de blé donne du fruit il faut qu’il tombe en terre ; l’invitation du Seigneur nous est destinée pour donner du goût en nous donnant et nous consumer pour éclairer.

Au Bénin, où il a remis l’exhortation post-synodale Africae Munus aux évêques africains, le pape Benoit XVI a invité les religieux et les religieuses à la pauvreté, l’obéissance et la chasteté (pour le Royaume des cieux), ainsi qu’à un amour sans frontières pour le prochain pour pouvoir être des modèles en matière de réconciliation, de justice et de paix, même dans des circonstances de fortes tensions (cf. Africae Munus n. 117). Aux religieux et religieuses, il a demandé d’être d’authentiques témoins dans le monde d’aujourd’hui. Et le pape François d’ajouter : « Soyez témoins d’une autre façon de faire, d’agir, de vivre ! Il est possible de vivre autrement dans ce monde ! ».

Trois vœux, trois tentations. Relevons qu’il y a trois vœux pour être prophète et pour être heureux (chasteté, de pauvreté et d’obéissance) et trois tentations pour écarter la joie : l’appétit du pouvoir et de posséder (l’argent, le bien-être, collusion avec le pouvoir), l’ambition de dominer et de soumettre, le goût de se montrer et de paraître, la fringale du sensationnel ; trois c’est-à-dire se donner totalement et résister de tout son être (toto corde), car trois est le symbolisme de la totalité. Comme Jésus a résisté aux trois tentations, résister aux épreuves de tous genres, les plus insidieuses comme les plus grossières, pour ouvrir aux hommes la voie vers Dieu, « ad gentes » et « ad Deum », être délivré de l’obsession de l’argent et du bien-être afin d’être libres comme ambassadeurs de la paix, de la justice et du bonheur qui viennent du Christ, pour sortir de la médiocrité. Aux antivaleurs devenues la norme opposer la vie des conseils évangéliques. Ce témoignage sera alors une interrogation pour le monde d’aujourd’hui. Tous ces hommes et femmes qui renoncent au mariage et font vœu de chasteté, qui abandonnent les richesses pour mettre tous leurs biens en commun, renoncent à tout projet personnel pour obéir à un supérieur, à la suite du Christ, seront une interrogation pour le monde.

Prenons davantage conscience que Dieu veut que son dessein de salut atteigne tous les hommes et veut faire des chrétiens missionnaires les instruments de cette mission ; prenons conscience que nous avons la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle Jésus Christ et ce pourquoi nous devons le faire, contre vents et marées. Nous sommes invités à prendre mieux conscience de notre vocation chrétienne. Demandons la grâce d’y répondre humblement et généreusement avec le désir de conduire nos frères à Jésus et de nous montrer «courageux» devant les épreuves que comporte la mission.

C’est chaque jour, aujourd’hui, pour nous l’occasion de rendre témoignage et compte de notre foi, de notre espérance, de notre amour fraternel. Que l’eucharistie que nous célébrons en ce jour et l’intercession des nombreux martyrs missionnaires nous obtiennent de Dieu la paix et la grâce du témoignage, de fidélité au Christ Notre Seigneur, de tenir bon dans la foi, et toutes les grâces nécessaires à la mission. En présentant nos offrandes au Seigneur, demandons l’ardent amour pour le Christ et la force de témoignage.

CATHEDRALE DE BUTEMBO,

11 décembre 2014

Abbé MENY Chrysostome

OUVERTURE DE L’ANNEE DU JUBILE D’OR

DU DECRET CONCILIAIRE SUR LA MISSIO

AD GENTES

Chers frères et sœurs,

Voici le temps favorable, voici le temps du jubilé d’or et d’action de grâce au Seigneur pour les activités missionnaires à la lumière du décret conciliaire sur la Missio Ad Gentes dont nous sommes le fruit, pour autant que nous appartenons à ces Eglises communément appelées ˵ les jeunes Eglises des pays de mission.

Célébrer le jubilé d’or du décret conciliaire sur la Missio Ad Gentes, c’est célébrer l’histoire et la joie de 50 ans d’annonce de l’Evangile selon l’Esprit du concile Vatican II ; c’est aussi un moment fort des évaluations sur sa mise en pratique dans l’Eglise particulière et universelle, ainsi que, les perspectives missionnaires de l’avenir.

Le décret conciliaire Ad Gentes a été promulgué le 7 décembre 1965 par le Pape Paul VI. L’objectif de ce document consistait essentiellement à mettre en évidence la nature missionnaire de l’Eglise.

Pour développer le contenu de l’affirmation selon laquelle l’Eglise est par nature missionnaire, les préparatifs du concile en avaient dégagé les différents thèmes à traiter. En effet, lorsqu’en 1962 le Pape Jean XXIII déclarait la convocation du concile Vatican II, une commission antépréparatoire avait été constituée pour fixer ces thèmes. Le Pape avait écrit à tous les évêques du monde entier pour demander leurs avis. Parmi eux, les Evêques missionnaires, dans leurs réponses, soulevaient des questions d’ordre pratique concernant surtout les jeunes diocèses en pays de mission, à savoir : comment organiser les diocèses en terre de mission ? Dans les nouvelles conditions de l’humanité, comment organiser les activités missionnaires à l’intérieur des Eglises particulières (c’est-à-dire la missio ad intra) et à l’extérieur de celles-ci (c’est-dire la missio ad extra) pour leur participation à la mission universelle ou la mission vers toutes les nations ?

Leur préoccupation visait à consolider l’implantation de l’Eglise particulière (ou Diocèse) tout en restant ouverte aux autres Eglises, c’est-à-dire en gardant la communion et la collaboration avec les autres Eglises, signe de la catholicité.

En avril 1963, on présentait le schéma du document dans ses parties essentielles : la première partie traitait des missions elles-mêmes considérées dans leur sémantique multiforme et s’intéressait à leurs principes généraux, à l’apostolat des prêtres des religieux et des laïcs en terre de mission ; la seconde partie portait sur la coopération missionnaire, présentait la mission comme un devoir de tout chrétien et terminait par le rôle des laïcs. Dans l’une ou l’autre partie du document l’Eglise a souligné la nature indissociable de la mission avec le baptême en sorte que ce concept s’est étendu à tous les baptisés.

Par ailleurs, le contenu du décret devait se fonder sur deux principes clés :

Rédiger le contenu en relation avec la constitution « Lumen Gentium » sur l’Eglise et surtout établir le lien entre l’activité missionnaire de l’Eglise et celle de la Trinité ;

Expliciter le concept de mission que certains évêques identifiaient à l’annonce de l’évangile aux non-chrétiens ; tandis que pour d’autres, il faut l’expliquer comme l’apostolat de l’Eglise dans les pays de vieille chrétienté auprès de ceux qui ont perdu la foi. Cette dernière explication entrera par la suite, dans la compréhension actuelle de la nouvelle évangélisation sur laquelle le Pape François insiste clairement dans l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium. Dans cette exhortation le Pape cite la mission Ad Gentes comme aspect fondamental de la nouvelle évangélisation et comme programme des années à venir pour l’Eglise d’aujourd’hui.

Ainsi, de notre part, en ouvrant l’année du cinquantenaire du décret Ad Gentes dans cette célébration, nous saisissons cette occasion pour informer nos auditeurs que notre programme est de célébrer ce 50aire par des sessions de formation permanente à l’intention des prêtres, des religieuses et religieux, des catéchistes et d’autres laïcs à travers notre Diocèse au niveau soit de certaines zones Pastorales soit de certains doyennés.

D’ores et déjà, à tous et à chacun, nous souhaitons un éveil renouvelé de l’Esprit missionnaire dans tout apostolat et sainte fête de Noël.

Fait à Butembo, le 11/12/2014

Abbé WAMBEREKI BILONGO Jean

Directeur Diocésain des OPM

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